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Les plus gros rongeurs de l’histoire étaient-ils vraiment aussi énormes ?

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Même le puissant capybara était minuscule comparé à des parents préhistoriques. Crédits : marcose95/Pixabay

Une étude nous révèle que nous avons probablement surestimé la taille des plus gros rongeurs de l’histoire. Certains, que l’on pensait aussi gros que les bisons, se rapprochaient davantage des poneys modernes.

Les rongeurs modernes varient en taille. Certains sont minuscules, comme la gerboise Salpingotulus michaelis, qui mesure en moyenne 4,4 cm de longueur pour 3,75 g sur la balance. D’autres sont beaucoup plus imposants, comme le capybara, qui mesure plus d’un mètre de long pour plus de cinquante kilos. Cependant, même le plus grand capybara du monde ne fait pas le poids comparé à certains de ses congénères préhistoriques. Les paléontologues estiment en effet que l’un d’eux, Phoberomys pattersoni, aurait pesé plus d’une demi-tonne, tandis qu’un autre, Josephoartigasia monesi, dépassait les 900 kilos pour environ trois mètres de long.

Encore débat sur la taille

Il y a entre deux et huit millions d’années, ces rongeurs géants évoluaient dans les zones humides d’Amérique du Sud. Ces animaux bénéficiaient également d’une puissante morsure capable de générer trois fois plus de force qu’une morsure de tigre moderne. Néanmoins, ces prédictions ont longtemps suscité des débats. Le dimensionnement précis de ces rongeurs gargantuesques s’est en effet avéré compliqué, notamment à cause du manque de fossiles.

Sans ces archives, les chercheurs s’appuient souvent sur les anatomies des plus proches parents vivants d’un animal disparu. Cependant, des traits comme le crâne allongé de Josephoartigasia et les fémurs volumineux de Phoberomys ne se retrouvent pas chez les rongeurs vivants. Ainsi, le simple fait d’extrapoler la taille des capybaras par exemple ne suffit pas à obtenir d’estimations précises.

« Personne ne disposait de méthodes permettant de déterminer ces tailles en toute confiance, résume ainsi le paléontologue Russell Engelman, de l’Université Case Western Reserve. Ces estimations sont pourtant essentielles. En effet, une grande partie de notre compréhension de ces rongeurs est liée à leur taille. « C’est un trait clé chez les mammifères. Tout ce que vous ne pouvez pas mesurer physiquement dans le fossile, comme l’écologie et la physiologie, est corrélé à la taille corporelle« , détaille Virginie Millien, zoologiste à l’Université McGill.

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Une illustration de Josephoartigasia monesi dans son environnement. Crédits : Dinopedia.fandom

Des estimations revues à la baisse

Dans le cadre de récents travaux publiés dans la revue Royal Society Open Science, Russell Engelman et son équipe ont donc développé une nouvelle technique permettant de décrire avec précision les dimensions de ces anciens rongeurs. Pour cette étude, les chercheurs ont estimé la taille des animaux en comparant le condyle occipital de Phoberomys, Josephoartigasia et d’autres rongeurs préhistoriques avec ceux de grands mammifères modernes, et non avec ceux de leurs cousins modernes.

Pour rappel, le condyle occipital est l’articulation qui permet de relier le crâne d’un animal à sa colonne vertébrale. Il y a quelque temps, le paléontologue avait mesuré la largeur de cette articulation chez plus de quatre cents espèces de mammifères et découvert que la largeur du condyle occipital était un véritable prédicteur de leurs dimensions. Étant donné que la largeur de ces articulations était similaire chez les mammifères d’une taille particulière, il pouvait alors comparer la taille des articulations de ces rongeurs préhistoriques avec celles d’autres grands mammifères sans nécessairement avoir à extrapoler.

En s’appuyant sur cette nouvelle méthode, les chercheurs ont alors déterminé que ces anciens rongeurs étaient plus petits qu’on ne le pensait. Phoberomys pesait par exemple moins de 200 kg, tandis que Josephoartigasia pesait environ 450 kg. Ces nouvelles estimations s’accordent par ailleurs avec la taille de leur cerveau jugée auparavant minuscule comparée à leur taille corporelle.