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Les “ouragans méditerranéens” vont-ils devenir plus fréquents avec le changement climatique ?

Medicane approchant Malte observé le 7 novembre 2014. Crédits : Wikimedia Commons.

Une nouvelle évaluation basée sur un modèle climatique de pointe indique que si la fréquence des ouragans méditerranéens est prévue baisser d’ici la fin du siècle, leur virulence devrait au contraire augmenter. Une évolution notable au vu des risques majeurs associés à ces phénomènes pour les zones peuplées situées le long des côtes méditerranéennes. 

En région méditerranéenne, les images satellitaires laissent de temps en temps apparaître des amas nuageux compacts semblables à ceux appartenant aux cyclones tropicaux. Parfois, un œil est même présent. On désigne ces dépressions sous l’appellation de médicanes, une contraction anglo-saxonne de mediterranean et de hurricane – littéralement “ouragan méditerranéen ». On les observe le plus souvent en automne et en hiver.

Ce sont en fait des dépressions hybrides, contrôlées à la fois par des processus de type tropical –  comme la libération de chaleur latente par la convection – et de type extra-tropical – comme les contrastes thermiques horizontaux. De ce fait, on parle plus justement de cyclones (ou dépressions) subtropicaux  méditerranéens, car il ne s’agit pas d’ouragans à proprement parler.

Ces phénomènes ont un fort impact socio-économique dans les zones où ils circulent. En effet, ils sont fréquemment accompagnés de pluies intenses, de puissantes rafales de vent et d’une mer agitée. Aussi, leur prévisibilité peut être médiocre, ce qui accroît les risques d’observer des dommages considérables.

En conséquence, la question de l’influence du changement climatique se pose légitimement. Une question qui est rendue compliquée par la dimension réduite du phénomène – quelques centaines de kilomètres -, le couplage avec l’océan et la géographie complexe du bassin méditerranéen. Des défis qui ont en partie été relevés dans une nouvelle étude parue le 18 janvier 2019 dans la revue Geophysical Research Letters.

Des cyclones moins nombreux, mais plus violents

Dans ce papier, les chercheurs ont utilisé un modèle global couplé atmosphère-océan disposant d’une résolution horizontale de 25 kilomètres. Ce modèle récent arrive à bien reproduire la climatologie des médicanes du climat présent – environ 2 ± 1,3 par an. Il s’agit du premier modèle global couplé capable de représenter la physique de base en jeu dans ces phénomènes.

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Un des nombreux ouragans méditerranéens à s’être déplacé en mer Ionienne, observé ici en septembre 2018. Crédits : fvalk.com.

Lorsqu’il est soumis à un scénario de réchauffement climatique intermédiaire (RCP 4.5), le modèle montre une diminution de la fréquence des ouragans méditerranéens d’ici la fin du siècle. Elle se chiffre à -34 % en moyenne sur l’année. La réduction la plus marquée est observée durant la saison hivernale (-37 %). Ces changements dans la fréquence sont dus à une baisse du nombre de précurseurs extra-tropicaux, et à la diminution du contraste entre les températures de surface de la mer et celles de la haute troposphère (~10 kilomètres).

À l’inverse, la durée et l’intensité des médicanes subissent une hausse significative. La raison de cette tendance est attribuable au fait qu’en climat plus chaud, ces perturbations développent une structure tropicalisée plus robuste. De ce fait, la convection et le relargage d’énergie associé sont plus intenses. Cela leur permet d’atteindre plus facilement des intensités plus élevées. Ainsi, la virulence des vents et des pluies est prévue augmenter.

Le potentiel de dommages risque donc d’être décuplé par une évolution vers des cyclones subtropicaux à la fois plus violents, mais aussi plus durables. Le point positif est que ce signal n’émerge pas de la variabilité naturelle avant la fin du siècle. De quoi laisser le temps de nous adapter et de mieux évaluer les risques encourus.

« Plus de chances d’atteindre la force d’un ouragan de catégorie 1 »

« Même dans un scénario climatique intermédiaire, nous observerons probablement une fréquence plus faible de ces dépressions. Mais lorsqu’elles se produiront, elles auront plus de chances d’atteindre la force d’un ouragan de catégorie 1 » indique Juan J. González-Alemán, auteur principal de l’étude.

La valeur minimale nécessaire pour être classé en équivalent ouragan de catégorie 1 étant de 119 kilomètres par heure en vent moyen sur une minute.

« La mer Méditerranée est surpeuplée et – bien que plus petit que les ouragans des Caraïbes – les médicanes ont peut-être un impact plus important sur la société »,poursuit-il.

Les résultats présentés ici se basent, on le rappelle, sur un scénario de réchauffement intermédiaire. Dans le cas d’un réchauffement plus marqué (RCP 8.5), l’étude précise que le potentiel destructeur serait encore majoré. Enfin, signalons que les secteurs de la Méditerranée où les médicanes sont actuellement les plus fréquents devraient également évoluer. Globalement, ceux-ci se déplaceraient vers l’est. À terme, des régions jusqu’à présent peu habituées aux ouragans méditerranéens se situeraient alors directement dans leur ligne de mire.

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