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Les orques maintenues en captivité, ces victimes du stress chronique

Crédits : Pixabay

Une nouvelle étude publiée dans le Journal of Veterinary Behavior rappelle aujourd’hui que la grande majorité des décès d’orques dans les parcs aquatiques sont attribués à une cause bien connue des Hommes : le stress chronique.

Que les orques ne vivent pas bien la captivité n’est un secret pour personne. En témoigne leur espérance de vie. Les parcs aquatiques affirment aujourd’hui que les orques ne vivent qu’entre 25 et 35 ans environ à l’état sauvage. Le genre de déclaration qui permet de justifier la mortalité précoce des animaux en captivité. En réalité, ces animaux sont capables de vivre beaucoup plus longtemps dans leur milieu naturel. Jusqu’à 50 ans pour les mâles, et 60 à 90 ans pour les femelles. Parfois plus. L’orque Granny, par exemple, s’est éteinte en janvier 2017 à l’âge vénérable de 105 ans.

Nous avions quelques pistes, mais les raisons communiquées sont généralement très floues, pour noyer le poisson. «Lorsque des orques meurent dans des parcs et aquariums marins, les raisons de ces décès sont souvent passées sous silence, explique en effet Lori Marino, du Whale Sanctuary Project. Le message communiqué est qu’il n’y a pas de lien entre le fait de vivre dans des réservoirs en béton et la mortalité précoce des orques. Or cet article, et d’autres avant lui, montrent que c’est loin d’être le cas. Et cela s’explique par les mécanismes bien connus de l’impact du stress chronique sur la santé».

Pour cette nouvelle étude, une équipe de chercheurs a amassé et analysé les différents papiers déjà publiés concernant les problèmes de santé et de bien-être des orques en captivité. Ces données ont été mises en relation avec les effets documentés du stress chronique sur les mammifères. Stress qui, comme on le sait, affaibli le système immunitaire d’un animal. Passant en revue la littérature scientifique, les chercheurs ont alors clairement identifié cinq facteurs contribuant à raccourcir la durée de vie des orques en captivité.

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Les raisons du mal-être

Premièrement, le sentiment de confinement. Les orques ont en effet évolué pour se déplacer sur de longues distances. Ces animaux sont également capables de plonger à des centaines de mètres de profondeur. Prenant ces considérations en compte, on imagine alors difficilement une orque s’épanouir dans un bassin bétonné. Ces réservoirs ne sont pas assez grands, ni assez profonds pour répondre à leurs besoins.

Les orques sont constamment très perturbées d’un point de vue sensoriel. Le public, les travaux, ou le simple ronronnement des systèmes de filtration ne pourront en effet jamais copier les conditions environnementales dans lesquelles ces animaux ont évolué.

Notons également le manque de liens affectifs. Les orques – au même titre que les humains – sont des animaux hautement sociaux. Autrement dit, leur survie dépend des relations qu’elles entretiennent avec d’autres membres de leur espèce. Les communications peuvent également se tendre entre deux spécimens de groupes sociaux très différents. N’oublions pas que chaque groupe d’orques a son propre langage, sa propre culture.

Quatrièmement, rappelons que les orques sont très intelligentes, et conscientes de leur sort. En captivité, n’ayant aucun contrôle sur leur vie, ces animaux développent alors un sentiment d’impuissance. Comme chez l’Homme, s’ensuivent alors des troubles dépressifs, d’apprentissage ou alimentaires.

Et enfin l’ennui. Ce qu’il faut imaginer, ce ne sont pas les tours effectués pour le public. Ces spectacles ne durent que quelques minutes par jour. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’en dehors de ces mises en scène, les orques ne bougent quasiment jamais. Elles manquent de stimuli et peuvent alors devenir dépressives, anxieuses. Ou parfois même très en colère. Tout dépend de la personnalité de chaque animal.

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En fin de compte, «la captivité ne convient pas aux orques (et cétacés en général) dans la mesure où ces animaux sont très complexes. Ce qui signifie que leurs besoins sont également complexes et qu’il est impossible d’y répondre dans des environnements artificiels, résume Lori Marino. Ces animaux ont évolué au fil de millions d’années pour relever de nombreux défis. Lorsqu’ils ne sont pas autorisés à le faire dans les parcs marins, ils en souffrent. Ils sont complètement inadaptés, physiologiquement et psychologiquement, pour faire face à ces types de stress».

Au final, le meilleur soutien dont pourraient bénéficier les orques en captivité vient du public. En cessant de fréquenter ces parcs, il deviendra alors impensable pour les exploitants de proposer de tels spectacles. On rappelle également qu’il y a quelques jours, le Canada confirmait son intention d’interdire prochainement sur son territoire l’importation, l’exportation et les captures des cétacés. Un nouveau pas en avant pour le respect de la condition animale.

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