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Les mois anormalement humides et secs se multiplient sur le globe

Crédits : byothe / Pixabay

Une étude portant sur près de 50 000 stations météorologiques réparties sur les continents indique que l’occurrence de mois extrêmement pluvieux a significativement augmenté au cours des dernières décennies. Et ce notamment aux moyennes et hautes latitudes de l’hémisphère nord, incluant l’Europe, les États-Unis et la Russie. Sur le continent africain, ce sont les mois extrêmement secs qui sont devenus plus fréquents. Une évolution dans la répartition des pluies à l’échelle globale qui porte en elle la trace du changement climatique d’origine humaine.

Quelques notions de physique

Une des conséquences majeures associées au dérèglement climatique consiste en la modification du cycle de l’eau à l’échelle globale. On rappelle souvent qu’une atmosphère plus chaude peut contenir davantage de vapeur d’eau. Selon la relation de Clausius-Clapeyron (CC), cette augmentation se chiffre à environ 7 % par degré de réchauffement. Le réservoir atmosphérique en eau est ainsi plus grand et le potentiel précipitant plus élevé.

Il s’agit toutefois là d’un calcul purement thermodynamique qui se projette surtout sur les précipitations dans le cadre des extrêmes de pluies journaliers – où une hausse des quantités d’eau précipitées en accord avec CC a effectivement été observée (~7 %). Par contre, concernant les extrêmes de pluies horaires ou infra-horaires, les relevés indiquent une hausse pouvant aller jusqu’à plus de deux fois celle correspondant à CC. Un comportement qui est probablement dû à l’intensification des ascendances convectives dans une atmosphère plus chaude.

Bien que le contenu atmosphérique en vapeur d’eau augmente, cela ne signifie pas que les périodes de sécheresse doivent forcément diminuer. Il peut aisément se produire le contraire. Ceci alors même que les épisodes de pluies, lorsqu’ils surviennent, deviennent de plus en plus marqués – pour les raisons thermodynamiques évoquées plus haut.

Il existe de multiples raisons à cet état de fait, dont une partie est attribuable à la dynamique – i.e. la circulation atmosphérique. Cette dernière ne reste pas stationnaire quand le climat change, ce qui peut conduire à un assèchement moyen dans certaines régions, ou à une concentration des pluies sur une période plus réduite. Les sécheresses s’installent alors plus facilement. Ainsi, les modifications des extrêmes de précipitations sont dépendantes de l’échelle temporelle, de la saison et de la zone géographique considérée.

inondation après de fortes précipitations
Crédits : Pixabay.

Une nouvelle estimation de l’évolution des précipitations continentales à l’échelle globale

Dans cette thématique, une étude novatrice a été publiée le 13 décembre dernier dans la revue Geophysical Research Letters. C’est en effet la première dans son genre à quantifier les tendances dans les extrêmes de précipitations mensuels à un niveau global. L’étude révèle notamment que le centre et l’est des États-Unis, de l’Europe ainsi que le nord de la Russie ont subi une hausse de  la fréquence des mois extrêmement pluvieux s’échelonnant de 19 à 37 %* entre 1980 et 2013. Dans le sud-est de l’Asie, celle-ci se chiffre à environ 10 % et atteint près de 32 % en Amérique du Sud. À l’inverse, en Afrique, les mois extrêmement secs ont augmenté de 48 % en été sur la partie sud du continent, et parfois jusqu’à plus de 55 % plus au nord – dans la zone sahélienne notamment.

« Une conclusion centrale de notre étude est que, globalement, les régions continentales des tropiques et des subtropiques ont enregistré davantage de records secs, et les latitudes moyennes et hautes de l’hémisphère nord davantage de records pluvieux. Cela correspond largement au schéma de répartition que les scientifiques attendent du changement climatique causé par l’Homme », indique Dim Coumou, co-auteur de l’étude. « Il est inquiétant de déjà voir une augmentation significative de ces extrêmes avec 1 °C de réchauffement planétaire », précise quant à lui Jascha Lehmann, auteur principal. Avec la poursuite du changement climatique, les bouleversements dans le cycle de l’eau atmosphérique n’en seront qu’amplifiés – avec tout ce que cela implique en termes de risques pour nos sociétés.

* Précisons que ces pourcentages ne sont pas comparables à ceux de la section précédente. Dans leur étude, les auteurs n’ont pas évalué les quantités d’eau tombées, mais l’occurrence des mois exceptionnellement humides ou secs. Ce qui n’est évidemment pas la même chose.

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