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Les jaguars mâles peuvent aussi vivre des « bromances »

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Deux jaguars mâles se promène ensemble dans la jungle de la région du Pantanal au Brésil. Crédit : NHK

Les jaguars mâles sont généralement solitaires, ne croisant d’autres spécimens que pour s’accoupler ou pour défendre leur territoire contre des rivaux. Malgré tout, et de manière un peu inattendue, il semblerait que certains jaguars mâles fassent parfois équipe pendant des années, ont découvert des chercheurs. Que savons-nous précisément de ces « bromances » ?

Les félidés sont largement solitaires. Le terme « solitaire » fait ici référence à un système social dans lequel les femelles occupent des domaines vitaux exclusifs généralement recouverts par de plus grands territoires que les mâles. Dans ce système, les relations intra-sexuelles sont basées sur l’agression, et il n’y a pas de collaboration ou de participation des mâles dans l’élevage de la progéniture.

Dans ce groupe taxonomique des félidés, nous pensions que seuls les lions (Panthera leo) et les guépards (Acinonyx jubatus) faisaient office d’exception, ces deux espèces présentant en effet des comportements sociaux et collaboratifs. Qu’en est-il des jaguars (Panthera onca) ? C’est un peu plus compliqué. Si ces animaux paraissent beaucoup moins enclins à vivre en groupe, des chercheurs ont tout de même relevé quelques preuves de coalitions entre mâles.

Les détails de l’étude sont publiés dans la revue Behavioral Ecology and Sociobiology.

Deux bromances longue durée

L’équipe, dirigée par Allison Devlin, du programme jaguar de l’Organisation de conservation des grands félins Panthera, a examiné les données de cinq études menées avec le piégeage photographique, la télémétrie GPS et des observations directes dans les jungles du Brésil et du Venezuela. Sur 7062 enregistrements obtenus, les chercheurs ont pu détecter 105 cas d’interactions mâle-mâle. Sur cet échantillon, dix-huit ont été agressives, neuf ont été tolérantes, soixante-dix relevaient de la coopération, tandis que huit n’ont pas été identifiées.

Concernant les coalitions, les chercheurs ont documenté des comportements similaires à ceux enregistrés chez les lions ou les guépards : patrouille et marquage de territoire ensemble, invasion de territoires d’autres mâles, chasse et mise à mort d’autres jaguars et partage des proies (mais pas de chasse coopérative).

Point intéressant, deux couples de jaguars mâles auraient passé au moins cinq ans ensemble.

Le premier couple a été observé dans la région brésilienne du Pantanal. Cette bromance a commencé en 2006 et s’est terminée en 2014 avec la mort de l’un des deux jaguars. Les deux patrouillaient ensemble, communiquaient vocalement l’un avec l’autre, se reposait côte à côte et partageaient parfois des repas.

La second couple a été observé entre 2013 et 2018 à Los Llanos, une dépression plate qui couvre environ un quart du Venezuela. Les deux jaguars de cette paire se sont accouplés avec succès avec plusieurs femelles pendant cette période.

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Deux jaguars mâles marchant ensemble au Brésil. Crédit : Wlodek Jedrzejewski

Un lien avec les activités humaines

Les chercheurs ont ensuite porté leur attention sur les raisons de ces alliances. Au départ, ils soupçonnaient que celles-ci pouvaient faciliter un accès à la nourriture. Finalement, les chercheurs ont enregistré une abondance de proies disponibles dans les deux environnements étudiés. De plus, comme dit plus haut, aucun des duos n’a montré de preuve de chasse coopérative.

En réalité, les chercheurs pensent que ces bromances sont une réponse à une concentration de plus en plus élevée de femelles disponibles. Les aires géographiques de ces félins sont effectivement de plus en plus diminuées en raison des activités humaines, ce qui signifie qu’il y a plus de femelles dans une zone plus petite. Dans ces conditions, les mâles pourraient s’associer pour diviser les partenaires potentiels entre eux plutôt que de risquer de perdre leur territoire au profit d’un autre mâle.

« Cette nouvelle découverte montre que, lorsqu’elle sert leur objectif d’avoir un meilleur accès aux proies, aux partenaires et au territoire, les jaguars mâles sauvages peuvent collaborer, coopérer et même former des relations à long terme avec d’anciens concurrents« , souligne Allison Devlin.

L’équipe reste toutefois prudente quant à l’importance de ce comportement découvert en raison de sa rareté. Seulement 0,1 % du nombre total d’observations de jaguars mâles incluaient en effet une alliance entre mâles. D’autres études multigénérationnelles seront également nécessaires pour montrer s’il existe un avantage évolutif à ces bromances.

Brice Louvet

Rédigé par Brice Louvet

Brice est un journaliste passionné de sciences. Ses domaines favoris : l'espace et la paléontologie. Il collabore avec Sciencepost depuis près d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.