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Les hippopotames peuvent reconnaître « la voix » de leurs amis

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Crédits : alexstrachan/pixabay

Les hippopotames sont des créatures bruyantes, leurs appels pouvant être entendus à plus d’un kilomètre de distance à travers les lacs et les rivières. Jusqu’à présent, la fonction précise de ces cris était un mystère. D’après une étude, ils permettent à ces grands mammifères de distinguer leurs amis de leurs ennemis.

Les hippopotames ont un large répertoire vocal impliquant ce que les spécialistes appellent le « wheeze honk », un appel puissant entendu sur de longues distances supposé être important pour la cohésion sociale et la communication entre les groupes. Jusqu’à présent, la fonction réelle de ces cris demeurait en revanche inconnue.

Partant de l’hypothèse que les groupes d’hippopotames sont des entités territoriales, une équipe dirigée par Nicolas Mathevon, de l’Université de Saint-Etienne, a testé l’idée selon laquelle ces appels pourraient signaler l’identité de l’émetteur et ainsi permettre des décisions comportementales par les individus récepteurs. Ces travaux sont publiés dans la revue Current Biology.

Les hippo reconnaissent leurs « amis »

Pour cette étude, les chercheurs ont enregistré les appels de sept groupes différents d’hippopotames évoluant dans les lacs de la réserve de Maputo, au Mozambique. La taille des groupes variait de trois à vingt-deux individus. Ces enregistrements en main, l’équipe a ensuite installé des haut-parleurs près de l’habitat de chaque groupe, positionnés à environ 70 à 90 mètres des animaux, avant de répéter les sons.

D’après les chercheurs, les hippopotames ont réagi aux enregistrements en produisant leurs propres appels, en s’approchant des haut-parleurs. Toutefois, ces réponses variaient en fonction de l’enregistrement. Les hippopotames ont en effet moins réagi aux appels des individus évoluant au sein de leur groupe. À l’inverse, ils ont réagi plus fortement et de manière plus répétée aux individus des groupes voisins. Ils marquaient également davantage leur territoire avec des matières fécales. Ainsi, d’après ces recherches, les hippopotames utilisent la reconnaissance vocale pour gérer les relations entre les groupes territoriaux.

Pour Camille Fritsch, de l’Université du KwaZulu-Natal, en Afrique du Sud, il serait intéressant de voir si ces dynamiques évoluent au fil du temps, à mesure que les groupes d’hippopotames se déplacent et que leurs densités diminuent ou se concentrent. Il serait également pertinent de répéter l’expérience avec des hippopotames vivant dans des habitats différents.

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Crédits : karlins_u/Pixabay

Mieux connaître pour mieux protéger

Les grands herbivores terrestres sont une source d’inquiétude majeure. Les rhinocéros restent en danger critique d’extinction, tandis que les éléphants subissent toujours plus de pressions, notamment à cause des activités humaines. Toutefois, notre connaissance approfondie de leur biologie permet aux défenseurs de l’environnement de concevoir des mesures de gestion appropriées.

L’hippopotame n’est quant à lui pas encore répertorié comme espèce en voie de disparition, mais ses populations ont considérablement diminué au cours des dernières décennies. Or, cet animal amphibie, qui partage sa vie milieu terrestre et aquatique, joue un rôle unique dans l’écosystème principalement en raison de son impact sur les flux d’énergie et de matière entre ces deux milieux.

Le problème est que l’étude de la biologie comportementale de ces animaux à l’état sauvage reste compliquée. Il est en effet difficile, voire impossible, d’identifier et de marquer des individus. Ainsi, à plus long terme, cette ligne de recherche pourrait aider les défenseurs de l’environnement à mieux protéger les populations d’hippopotames. Il pourrait par exemple être possible d’habituer les hippopotames locaux à la voix des nouveaux avant leur arrivée, et vice versa.