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Les grands essaims d’insectes peuvent-ils influencer le climat ?

criquets insectes
Crédits : Ben Curtis

L’atmosphère héberge de multiples sources de charge électrique qui influencent des processus critiques. Dans le cadre d’une nouvelle étude, des chercheurs ont réuni des preuves théoriques et empiriques pour démontrer que les colonies d’insectes contribuent directement à l’électricité atmosphérique, proportionnellement à la densité de l’essaim. De grands groupes d’insectes pourraient même générer une charge électrique comparable à celle des nuages ​​​​d’orage.

Les charges électriques sont partout. Les mêmes se repoussent, tandis que les opposées s’attirent. Bien que ces forces passent souvent inaperçues à notre échelle, elles jouent un rôle clé sur les petits animaux et les plantes. Les abeilles, par exemple, collectent une charge positive lorsque leurs ailes se frottent aux molécules dans l’air. Cette charge permet d’attirer le pollen chargé négativement. Elles peuvent également détecter et modifier les champs électriques des fleurs. Autre exemple avec les araignées, qui tissent des toiles chargées négativement pour piéger les insectes chargés positivement.

Jusqu’à présent, nous pensions que ces charges restaient malgré tout contenues, mesurables. En réalité, la puissance de ces champs avait été largement sous-estimée. Une étude publiée dans la revue iScience révèle en effet que lorsque des insectes se rassemblent en essaims, les charges individuelles de chaque membre de la colonie s’agrègent pour former des champs électriques très puissants.

Ces travaux, concrètement, sont donc les premiers à confirmer l’effet électrique à grande échelle des animaux sur l’atmosphère.

Gradient de potentiel

L’étude de la façon dont les forces électrostatiques affectent les êtres vivants dans un écosystème est connue sous le nom d’écologie électrique. Le principal auteur de cette étude, Ellard Hunting, de l’Université de Bristol (Angleterre), est l’un de ceux qui a contribué à développer ce champ d’investigation.

Pour leurs expériences, les chercheurs mesurent la force du champ électrique dans l’atmosphère en calculant la différence entre la charge en surface et celle dans l’air, au-dessus du sol. On appelle ça le gradient de potentiel. Ce gradient est important pour prédire le temps et comprendre la composition chimique de l’air. Des changements réguliers de ce facteur affectent également la façon dont les animaux naviguent dans leur environnement.

Ceci étant dit, au cours des dernières années, les chercheurs de Bristol ont découvert que les insectes ne produisaient pas de champs seulement en volant, mais aussi en se frottant les uns contre les autres et en marchant sur des surfaces de friction. En examinant comment cette charge affectait le comportement des insectes (souvent des abeilles), les chercheurs ont remarqué que, plus les insectes pullulaient, plus il y avait d’effets sur le gradient potentiel de l’atmosphère.

abeilles insectes
Crédits : sumx/Pixabay

Une influence réelle sur le climat ?

Sur ce constat, l’équipe de l’Université de Bristol a collaboré avec Giles Harrison, météorologue à l’Université de Reading (Angleterre) pour mesurer comment la densité des essaims d’abeilles modifiait le champ électrique dans l’atmosphère. Ils ont alors découvert que les colonies les plus denses pouvaient amplifier le gradient de potentiel local jusqu’à dix fois plus que sa valeur initiale.

L’équipe a ensuite extrapolé ses découvertes aux charges de criquets pèlerins. Dans le monde, plusieurs pays font régulièrement face aux invasions apocalyptiques de ces insectes qui occasionnent de gros dégâts dans les cultures. Sur la base de leurs modèles, les chercheurs ont découverte que certaines de ces invasions, qui peuvent inclure des milliards d’insectes sur des centaines de kilomètres carrés, pouvaient affecter le champ électrique de l’atmosphère au même degré que les orages.

Il reste cependant encore beaucoup d’inconnues. Par exemple, les chercheurs ignorent encore la façon dont ces changements induits par les insectes affectent réellement le climat. Des recherches supplémentaires pourraient nous dire si les essaims d’insectes influencent ou non la densité des aérosols et des ions dans l’atmosphère, par exemple, ce qui pourrait affecter la formation des nuages. On ignore encore également quel type d’impact ces changements ont sur l’écosystème, ou si ces charges profitent aux insectes.