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Les gaz lacrymogènes à l’origine de perturbations menstruelles ?

Crédits : Sylvain SZEWCZYK / Flickr

Une récente étude étasunienne évoque un lien entre l’exposition au gaz lacrymogène et des perturbations menstruelles. Rien n’est encore certain, mais le fait est que cette étude a réuni une quantité de données sur le sujet jamais égalée auparavant.

Une étude réorientée suite aux premiers témoignages

Une équipe de chercheurs du groupe médical Northwest Permanente P.C. aux États-Unis a publié une étude dans la revue BMC Public Health le 26 avril 2021. Plusieurs moins auparavant, les scientifiques avaient lancé un appel à témoins concernant les possibles liens entre l’exposition au gaz lacrymogène et l’apparition de perturbations menstruelles. Sur 1 650 personnes sondées, 54,5 % ont déclaré avoir ressenti des effets sur leur santé menstruelle après avoir été exposées à ce type de gaz. Parmi ces individus, il y avait des femmes, des hommes transsexuels, des non-binaires (genderqueer) ainsi que des personnes n’ayant pas souhaité dévoiler leur genre. Or, 604 d’entre-elles ont affirmé avoir ressenti des crampes menstruelles plus violentes et douloureuses. Pas moins de 459 ont évoqué des pertes inhabituelles, et 300 des saignements plus abondants et plus longs.

En réalité, les 1 650 répondants faisaient partie d’un total de 2 257 personnes ayant participé à des manifestations Black Lives Matter à Portland (Oregon) entre le 30 juillet et le 20 août 2020. À l’origine, l’étude s’intéressait aux effets à court et moyen terme des gaz lacrymogènes. Selon les chercheurs, l’étude s’est rapidement réorientée après l’arrivée de nombreux témoignages concernant des perturbations de cycles menstruels et d’avertissements concernant des fausses couches.

gaz lacrymogène
Crédits : benjaminjk/ iStock

Deux hypothèses pour expliquer le phénomène

Les meneurs de l’étude ont évoqué deux hypothèses pouvant expliquer le lien entre gaz lacrymogène et perturbations menstruelles. La première concerne une forte dose de stress directement en lien avec l’exposition au gaz. Or, les chercheurs rappellent que certaines fonctions liées à la reproduction sont sensibles aux situations de stress. Il peut alors être question d’une stimulation de cortisol pouvant dérégler l’équilibre hormonal, et ainsi provoquer des perturbations menstruelles.

La seconde hypothèse concerne le gaz CS (chlorobenzylidène malonitrile), composant irritant très utilisé dans les gaz lacrymogènes aux États-Unis. Or, ce gaz CS se métaboliserait en ions thiocyanates et cyanure dans l’organisme et ainsi, jouer un rôle de perturbateur endocrinien. Rappelons au passage que le cyanure est connu pour empêcher les tissus vivants d’utiliser l’oxygène présent dans le sang.

Malgré l’étude, il est encore bien trop tôt pour conclure fermement à un lien entre l’exposition au gaz lacrymogène et perturbations menstruelles. Les scientifiques s’accordent d’ailleurs pour dire que d’autres travaux plus poussés devraient voir le jour afin d’apporter des certitudes à ce sujet. En revanche, ils ont qualifié d’alarmante la quantité de données récoltée dans les témoignages. Autrement dit, il s’agit d’un véritable appel – à destination de la communauté scientifique – à se pencher sérieusement sur la question.