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Les femelles grenouilles « coupent le son » des mâles des autres espèces

Crédits : Piqsels

Les grenouilles sont des animaux fascinants. Dernièrement, une journaliste a mené une petite enquête sur une de leurs étonnantes capacités. Dans le vacarme ambiant, les femelles sont capables de reconnaître les sons en provenance des mâles de la même espèce. Il s’agit d’une manière aussi originale qu’efficace d’optimiser la reproduction.

Une cacophonie qui pose problème

En 2018, nous évoquions une espèce de grenouilles résistantes à un champignon mortel pour les amphibiens, le Batrachochytrium dendrobatidis. Ces grenouilles Arlequins ont en effet subi une mutation génétique pour se prémunir de la maladie. Les grenouilles sont de manière générale étonnantes, et la journaliste Katherine J. Wu en a apporté une nouvelle preuve dans un article paru dans le magazine étasunien The Atlantic le 4 mars 2021.

Elle a interrogé de nombreux experts après s’être intéressée aux étangs où l’on trouve parfois une douzaine d’espèces différentes. Ensemble, ces milliers de grenouilles génèrent un vacarme de plus de cent décibels, un volume sonore auquel un humain ne devrait pas s’exposer plus d’un quart d’heure par jour. Ce n’est pas un hasard si les scientifiques qui étudient ces écosystèmes portent des protections auditives de manière permanente.

Le fait est que cette joyeuse cacophonie porte également préjudice aux grenouilles elles-mêmes. Les femelles ont en effet du mal à reconnaître l’appel des mâles de leur espèce, ce qui devient un réel souci lors des périodes de reproduction. Néanmoins, l’évolution leur a conféré un pouvoir pour contourner le problème.

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Crédits : PxHere

Un « GPS rudimentaire » utilisé inconsciemment

Les femelles bénéficient d’un dispositif astucieux, se situant dans leurs poumons. Cela leur permet non pas d’amplifier le son des mâles de la même espèce, mais plutôt de réduire le volume de celui des mâles des autres espèces. La nature est bien faite, car cette fonction permet ainsi aux femelles d’écarter automatiquement les mâles n’ayant aucun intérêt reproductif pour elles. Elles réduisent ainsi les sons des « mauvais » mâles d’environ dix décibels, ce qui semble peu, mais suffisant. Pour les experts interrogés par la journaliste, ce filtre auditif n’est pas utilisé de manière consciente par les femelles grenouille. Toutefois, celui-ci semble incroyablement intelligent.

Citons enfin l’étude ayant motivé la rédaction de l’article de The Atlantic. Publiée dans la revue Current Biology par une équipe du St Olaf College (Danemark), celle-ci évoque l’utilisation d’un GPS rudimentaire généré par les vibrations pulmonaires des femelles grenouilles. Ces dernières peuvent donc s’orienter dans leur environnement en se repérant en fonction des sons. De plus, ce n’est pas un hasard si la réduction sonore des mâles indésirables n’est que de dix décibels. Les femelles doivent en effet pouvoir rester en alertes afin de se prémunir de leurs prédateurs.