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Les condors peuvent planer des heures sans battre des ailes

Crédits : Facundo Vital

Les condors des Andes sont les oiseaux les plus lourds au monde. Cette espèce a donc développé au cours de son évolution la capacité de planer dans le ciel, profitant des courants ascendants. Et selon de nouvelles recherches, ils peuvent le faire pendant (très) longtemps.

Avec une envergure de plus de trois mètres, le condor des Andes (Vultur gryphus) est aujourd’hui considéré comme le plus grand rapace et le plus grand oiseau volant terrestre au monde (si l’on considère l’Albatros hurleur comme un oiseau de mer). Charognard, vous le retrouverez en Amérique du Sud, tout le long de la Cordillère des Andes et des côtes du Pacifique.

Imposants par la taille, ces oiseaux de proie sont de vrais spécialistes du vol à voile, une variante du vol plané mettant à profit les vents ascendants. Ils peuvent ainsi planer pendant des heures pour supporter leur corps lourd (jusqu’à 16 kilos), conservant leur énergie dans le but de couvrir un maximum de terrain à la recherche de cadavres.

Une récente étude publiée dans PNAS s’est penchée sur ces incroyables capacités de vol. Il était question, plus précisément, de mesurer les effets de différentes conditions météorologiques sur le vol du condor.

Jusqu’à cinq heures sans battre des ailes

De 2013 à 2018, Emily Shepard et son équipe, de l’Université de Swansea (Royaume-Uni), ont suivi huit condors juvéniles évoluant près de Bariloche, en Argentine.

Chacun avait, accroché à l’une de ses pattes, un petit instrument capable d’enregistrer chaque battement d’aile pendant le vol. Au terme de leur étude, les chercheurs ont enregistré plus de 250 heures de données.

Leur analyse a révélé qu’en moyenne, les condors ne battent des ailes que pendant 1,3% du temps, glissant finalement entre les différents courants d’air. En outre, 75% de ces battements se sont opérés au moment du décollage, tôt le matin, alors que des rafales de vent chaud ou des courants ascendants thermiques commençaient à se former et à augmenter très lentement.

« Le faible investissement extraordinaire dans le vol battant a été observé chez tous les individus, ce qui est remarquable, car aucun n’était un oiseau adulte, écrivent les auteurs. Par conséquent, même les oiseaux relativement inexpérimentés fonctionnent pendant des heures avec un minimum de battements ».

Même au-dessus des montagnes, où les interactions de flux d’air sont très complexes, ces jeunes condors ont pu naviguer à travers les courants avec très peu de mouvements.

Dans l’exemple le plus extrême, l’un des rapaces aurait passé environ cinq heures dans les airs sans même battre des ailes une seule fois. Au cours de cet exercice, l’intéressé aurait alors couvert plus de 172 km de terrain, profitant de conditions à la fois calmes et venteuses.

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Un Condor des Andes à la recherche d’une carcasse. Crédits : jmarti20/Pixabay

Maîtriser l’atterrissage

Planer est une véritable nécessité pour ces oiseaux. Du point de vue métabolique, les chercheurs ont en effet estimé qu’un simple battement d’ailes pour ces gros oiseaux équivaut à dépenser autant d’énergie qu’un mammifère moyen durant un sprint.

Les condors dépensant énormément d’énergie au décollage, l’atterrissage doit alors être parfaitement maîtrisé.

Si un condor veut en effet se diriger vers une carcasse, il doit “sauter” d’un courant ascendant à l’autre, de manière à perdre lentement en altitude. Ces courants atmosphériques varient évidemment en puissance et en fréquence selon la météo et la topographie de la région. Il est également nécessaire pour ces oiseaux d’atterrir dans une zone de courants ascendants, dans le but de pouvoir redécoller ensuite.

« Les décisions concernant le moment et l’endroit où atterrir sont cruciales, car non seulement les condors doivent pouvoir décoller à nouveau, mais les atterrissages inutiles augmenteront considérablement leurs coûts de vol globaux », explique Hannah Williams, de l’Institut Max Planck pour le comportement animal.

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Crédits : wrupcich/Pixabay

Comprendre comment des oiseaux géants traversent des obstacles invisibles dans le ciel pourrait également nous en apprendre davantage sur la façon dont les anciens oiseaux disparus maintenaient leur corps lourd en altitude.

On pense notamment à l’Argentin magnifique (Argentavis magnificens). Éteint depuis environ six millions d’années, cet oiseau présentait une envergure de sept mètres pour un poids moyen de 72 kg.

Il a toujours été supposé qu’Argentavis était incapable de voler très longtemps. Il est donc probable que lui aussi ait plané dans le ciel, à la manière du condor des Andes, battant des ailes uniquement lorsque cela était absolument nécessaire.