in

Les colibris perçoivent des couleurs que nous ne pouvons même pas imaginer

Crédits : Nicman/Pixabay

Une étude menée dans les prairies fleuries du Colorado nous confirme que les colibris perçoivent des combinaisons de couleurs inaccessibles à l’oeil humain.

Contrairement aux humains, qui disposent dans les yeux de trois types de cônes sensibles à la couleur – accordés à la lumière rouge, verte et bleue – les oiseaux ont un quatrième type, sensible à la lumière ultraviolette. Ils disposent ainsi d’une très bonne vision des couleurs.

« Non seulement le fait d’avoir un quatrième type de cône étend la gamme de couleurs visibles par les oiseaux dans les UV, mais cela permet potentiellement aux oiseaux de percevoir des couleurs combinées. Comme les “ultraviolets + verts” et les “ultraviolets + rouges” », explique Mary Caswell Stoddard, du Département d’écologie et de biologie évolutive de l’Université de Princeton (États-Unis).

Finalement, « les humains apparaissent comme de vrais daltoniens par rapport aux oiseaux », ajoute la chercheuse.

Ceci étant, étudier la manière dont les oiseaux perçoivent le monde est une entreprise compliquée. En règle générale, ces expériences sont menées en laboratoire, mais comme le souligne la biologiste, rien ne vaut une étude sur le terrain.

Dans le but d’explorer la vision des couleurs des oiseaux dans un cadre naturel, Mary Caswell Stoddard et son équipe se sont rendus dans le Colorado pour se concentrer sur les colibris sauvages à queue large (Selasphorus platycercus).

Ces oiseaux ayant évolué pour répondre aux couleurs des fleurs, qui leur proposent du nectar sucré, ils se présentaient ainsi comme de parfaits sujets d’étude.

colibris
Une femelle colibri à queue large, photographiée en Arizona. Crédits : Seabamirum/wikipédia

Les couleurs non spectrales

Dans le cadre de ces travaux, les chercheurs se sont particulièrement intéressés aux combinaisons de couleurs “non spectrales”. Ces dernières impliquent des teintes provenant de parties largement séparées du spectre de couleurs, par opposition aux mélanges de couleurs voisines, comme le vert-rouge (qui donne le jaune).

Pour les humains, le violet est l’exemple le plus clair d’une couleur dite “non spectrale”. Celle-ci nous apparaît lorsque nos cônes bleus (ondes courtes) et rouges (ondes longues) sont stimulés, mais pas les cônes verts (ondes moyennes).

Ceci étant dit, tandis que nous, pauvres humains, ne pouvons percevoir qu’une seule et unique couleur non spectrale (le violet, donc), les oiseaux, eux, peuvent théoriquement en voir jusqu’à cinq : violet, ultraviolet + rouge, ultraviolet + vert, ultraviolet + jaune et ultraviolet + violet.

Dans les prairies du Colorado

Pour tester cette théorie, les chercheurs ont réalisé plusieurs expériences chaque été pendant trois ans dans une prairie alpine fréquemment visitée par ces colibris, qui viennent ici pour se reproduire.

Chaque matin, les chercheurs se levaient avant l’aube et installaient deux mangeoires : l’une contenant de l’eau sucrée et l’autre de l’eau plate. À côté de chaque mangeoire, ils plaçaient alors un tube LED programmé pour afficher plusieurs couleurs non spectrales.

Le tube à côté de l’eau sucrée émettait une couleur, tandis que celui à côté de l’eau ordinaire en émettait une autre. Les chercheurs ont périodiquement échangé les positions des tubes de récompense et de non-récompense, de sorte que les oiseaux ne pouvaient pas simplement utiliser l’emplacement pour localiser une friandise sucrée.

Ils ont également effectué des expériences de contrôle pour s’assurer que les oiseaux n’utilisaient pas l’odeur ou un autre signal involontaire pour trouver la récompense. Ainsi, l’idée était qu’ils apprennent à associer telle ou telle couleur à la friandise (eau sucrée). Ce que les colibris ont fait en quelques heures seulement.

colibris
Crédits : Phillipcspence/Pixabay

Un monde haut en couleurs

Ces expériences ont alors révélé que ces oiseaux peuvent effectivement voir une variété de couleurs non spectrales, y compris le violet, l’ultraviolet + vert, l’ultraviolet + rouge et l’ultraviolet + jaune.

À titre d’exemple, les chercheurs soulignent qu’ils étaient en mesure de distinguer l’ultraviolet + vert de l’ultraviolet pur ou du vert pur. Mieux encore, ils pouvaient aussi faire la différence entre un ultraviolet associé au rouge et un ultraviolet associé à un rouge moins marqué.

« C’était incroyable à regarder, a déclaré Harold Eyster, co-auteur de l’étude. L’ultraviolet + lumière verte et la lumière verte nous apparaissaient identiques, mais les colibris ont continué à choisir correctement l’ultraviolet + lumière verte associée à l’eau sucrée. Nos expériences nous ont permis d’avoir un aperçu de ce à quoi ressemble le monde pour un colibri ».

Bien sûr, il nous est très difficile, voire impossible, d’imaginer ce que voient véritablement ces oiseaux. Par exemple, l’ultraviolet + rouge est-il un mélange de ces couleurs, ou une couleur entièrement nouvelle ? Nous ne pouvons que spéculer, mais le spectacle doit être garanti !

Source