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Les calottes polaires menacées même dans un scénario de réchauffement planétaire limité

Crédits : NASA Goddard

Une étude de synthèse a été publiée ce 12 novembre dans la revue scientifique Nature climate change. Elle offre une perspective plus éclairée sur la possibilité qu’un réchauffement climatique compatible avec les objectifs de l’accord de Paris suffise à faire basculer les calottes polaires dans un régime instable. Des évolutions irréversibles pourraient ainsi se mettre en place au cours des prochaines décennies. Cela même en cas de réductions drastiques des émissions de gaz à effet de serre. 

Comment évolueraient les calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique si des efforts étaient accomplis pour contenir le réchauffement climatique sous les 2 °C ? En 2015, l’accord de Paris s’était fixé comme objectif de ne pas dépasser ce seuil jugé dangereux. Une proposition encore plus ambitieuse a même été avancée au cours du processus : celle de limiter la hausse des températures moyennes sur le globe à 1,5 °C. Actuellement, le climat s’est déjà réchauffé d’environ 1 °C par rapport aux valeurs préindustrielles.

La question exposée plus haut a été traitée dans une étude publiée ce 12 novembre. En passant en revue la littérature scientifique existante, les auteurs ont établi un état de l’art de nos connaissances concernant la réaction des inlandsis des deux hémisphères dans le cas d’un scénario climatique optimiste. Ce scénario est caractérisé par une diminution drastique des émissions de gaz à effet de serre (GES), voire au recours potentiel à des technologies de capture du dioxyde de carbone dans l’air. Il conduit à une augmentation des températures comprise entre 1,5 °C et 2 °C seulement d’ici la fin du siècle – en accord avec les objectifs du traité de Paris.

La grande sensibilité des calottes polaires

Le papier conclut cependant que même dans ce contexte, les calottes polaires risquent de subir des modulations irréversibles et d’ampleur considérable. Cela se caractériserait par une poursuite des pertes glaciaires tout au long de ce siècle, à un taux comparable à celui observé au cours des dernières décennies. Il est même possible qu’un point de non-retour soit atteint*, aussi connu sous l’appellation de point de bascule ou bifurcation. Dans ce cas, les pertes deviendraient de plus en plus massives, pouvant aller jusqu’à une disparition quasi complète de la calotte groenlandaise – la plus sensible – au bout de quelques millénaires. Ceci quand bien même les quantités de GES présentes dans l’atmosphère se verraient par la suite stabilisées ou réduites. Cette propriété correspond à ce que l’on appelle une hystérésis dans la théorie des systèmes dynamiques.

plateforme glaciaire
Crédits : NASA.

« L’existence d’un point de bascule implique que les modifications des calottes glaciaires sont potentiellement irréversibles – le retour aux conditions du climat préindustriel pourrait ne pas stabiliser la calotte glaciaire une fois ce seuil franchi », a déclaré Frank Pattyn, auteur principal de l’étude.

Cette méta-analyse avertit ainsi qu’il est probable que les inlandsis possèdent un point de bifurcation situé entre 1,5 °C et 2 °C, au-delà duquel la désintégration deviendrait incontrôlable. Ces valeurs correspondent à un réchauffement global somme toute modéré, et témoignent de la grande sensibilité de ces géants de glace aux variations des conditions environnementales. « Pour le Groenland et l’Antarctique, il est connu que des points de bascule existent probablement à des niveaux de réchauffement qui pourraient être atteints avant la fin du siècle », indique Frank Pattyn. Dans ce contexte incertain, le besoin de recherche est très important en vue de mieux cerner les seuils d’irréversibilité et la nature précise des évolutions qui résulteraient en cas de franchissement de ceux-ci.

* Un risque d’autant plus marqué que la hausse des températures sera importante. Une différence de seulement quelques dixièmes de degré en moyenne globale peut conduire à des évolutions très différentes à moyen et long terme.

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