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Les bâches réfléchissantes permettront-elles de sauver les glaciers ?

Crédits : Matthias Huss.

Il est désormais prouvé que le fait de couvrir certaines portions de glaciers avec des bâches réfléchissantes permet de contenir la fonte estivale et, ainsi, de diminuer les effets délétères du changement climatique. Si l’utilisation est pour l’instant limitée à l’échelle locale, certains avancent que ce procédé pourrait à terme offrir une protection aux glaciers du monde entier…

Depuis une dizaine d’années, les moyens déployés en vue de préserver les glaciers de montagne se multiplient rapidement. Aussi, dans les Alpes suisses, un nombre croissant de stations de sports d’hiver ont recours à des couvertures réfléchissantes afin de ralentir la fonte des glaces. Ces bâches géotextiles sont déposées sur de petites portions de surface glaciaire en saison chaude. Elles permettent ainsi de préserver autant que faire se peut un paysage cher aux pistes skiables comme à tant d’autres domaines touristiques.

Une technique “ni réalisable, ni abordable” à grande échelle

Puisque la méthode s’avère efficace au niveau local, certains ont proposé de l’utiliser à bien plus grande échelle. L’idée ? Couvrir les glaciers, non plus sur quelques segments, mais dans leur entièreté et à l’échelle mondiale. En augmentant ainsi l’albédo de la surface, le recul des glaces de montagne serait très sensiblement ralenti. Mais, s’il peut sembler prometteur à certains égards, le projet est-il viable ? C’est ce qu’a récemment évalué une équipe de chercheurs de l’Université de Fribourg (Suisse). Les conclusions sont exposées dans une étude parue ce mois dans la revue Cold Regions Science and Technology.

En utilisant les données issues de 9 sites suisses faisant usage de nappes géotextiles, les auteurs ont montré que ces dernières étaient capables de réduire la fonte estivale pour plus de moitié. Toutefois, la perspective d’une utilisation généralisée serait inévitablement vouée à l’échec. En effet, le coût financier associé au seul bâchage des glaciers suisses est évalué à 4,5 milliards de dollars par an. Si l’on considère l’échelon mondial, le montant s’élève au chiffre astronomique de 1000 milliards de dollars à l’année. Par conséquent et même si elles restent approximatives, ces valeurs concrétisent un véritable mur à toute application pratique.

glaciers coût
Représentation graphique du coût (axe vertical, en millions de francs suisses) lié à la sauvegarde des glaciers suisses. Les courbes rouges, violettes et bleues correspondent au bâchage des 10, 100 et 1000 plus grands glaciers du pays. Le volume de glace sauvegardé (axe horizontal, en %) est calculé selon le volume de glace du passé récent (traits pleins) et du futur proche (traits en pointillés). Crédits : Matthias Huss & al. 2021.

Le bâchage des glaciers, une question de dimension

« Vous pouvez mettre une couverture à un endroit d’un glacier, disons quelques centaines de mètres carrés, et vous pouvez très efficacement protéger la glace localement. Cela fonctionne absolument, mais cela coûte beaucoup d’argent », note Matthias Huss, auteur principal de l’étude. « Si vous tirez du glacier un revenu économique correspondant, alors cela fonctionne. Sauver un glacier entier est une histoire complètement différente. Vous auriez besoin de couvrir toute la glace à une échelle beaucoup plus grande, sans bénéfice de revenu clair ».

En outre, le déploiement global des géotextiles aurait des conséquences environnementales certaines mais qui restent difficiles à anticiper. Dans tous les cas, si elle peut temporairement et localement être utile, l’utilisation des bâches ne se substitue pas à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. En particulier, celle de CO2 liées à la combustion du charbon, du pétrole et du gaz naturel. Finalement, diminuer notre dépendance à ces énergies fossiles est le seul moyen efficace pour agir sur le cœur du problème et limiter le réchauffement climatique futur.

« Nous préconisons donc une séparation claire entre la réduction de la fonte des glaciers à l’échelle locale, raisonnable et économiquement rentable, et les applications théoriques à grande échelle. Nous pensons qu’une telle distinction est particulièrement importante pour la communication avec le grand public, car de faux espoirs et des perceptions contre-productives pourraient surgir dans le débat actuel et urgent sur le changement climatique », conclut l’étude.

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