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Les anguilles-serpents percent l’estomac des prédateurs pour s’échapper

Crédits : Bruce Cowell / Queensland Museum

Les anguilles-serpents percent parfois la paroi de l’estomac de leur assaillant dans le but de s’échapper. Malheureusement pour elles, cette tentative d’évasion astucieuse reste la plupart du temps vaine.

Les anguilles-serpents sont une famille d’espèces d’anguilles qui vivent la majeure partie de leur vie dans les fonds sablonneux des eaux tropicales et tempérées du monde entier. Elles sont fréquemment confondues avec les serpents de mer qui, contrairement à elles, sont venimeux. Outre cette différence, elles se distinguent également par la présence de nageoires dorsales, anales et pectorales.

Leur régime alimentaire se compose de proies telles que de petits poissons benthiques et crustacés. Toutefois, comme beaucoup d’animaux dans la nature, ces anguilles se font aussi parfois manger par plus gros qu’eux. Et souvent, elles sont encore vivantes après avoir été ingérées.

(Attention, photos dérangeantes à venir)

Un trou dans l’estomac

Une fois à l’intérieur de l’estomac de leur assaillant, les anguilles-serpents, boostées par leur instinct de survie, utilisent alors la pointe de leur queue semi-rigide pour “percer” l’organe et tenter de s’échapper avant que ne s’opère le processus digestif.

Malheureusement pour elles, cela ne suffit pas à les sauver. Incapables de creuser la cage thoracique du prédateur, les anguilles se retrouvent alors piégées dans la cavité intestinale de leur ravisseur avant de mourir.

Certaines ont  en revanche eu plus de chance que les autres. “Elles peuvent rester coincées pendant un bon moment jusqu’à ce que le poisson soit finalement capturé“, raconte au Guardian Jeff Johnson, ichtyologiste au Queensland Museum.

Lui-même en a déjà fait l’expérience après avoir pêché l’un de ces poissons il y a quelques années. L’anguille retrouvée à l’intérieur était encore bien vivante, en train de se tortiller. Selon le chercheur, plusieurs pêcheurs commerciaux ont même déjà déclaré avoir sorti des poissons à l’intérieur desquels plusieurs anguilles étaient restées coincées.

De leur côté, les prédateurs ne remarquent probablement même pas la tentative d’évasion. “Les gros poissons sont capables de supporter de bien pires traumatismes“, souligne en effet le chercheur. “Alors une petite perforation dans l’estomac…“.

Un phénomène plus répandu qu’on le pense

Des Bahamas à la Floride, en passant par l’atlantique nord-ouest et mer Méditerranée, les observations de ces anguilles incrustées dans les cavités intestinales de leurs ravisseurs restent à ce jour encore très rares. Néanmoins, le phénomène pourrait être plus courant qu’on ne le pensait.

En collectant onze espèces de poissons prédateurs dans les eaux côtières au large du nord de l’Australie, des chercheurs de plusieurs institutions en ont récemment identifié sept avec des anguilles-serpents à l’intérieur.

Le rapport de cas a été rédigé par des experts de Northern Territory Fisheries, du CSIRO, du Queensland Museum et du Museum and Art Gallery du Northern Territory.

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Crédits : Pogonoski et al., Mémoires du Queensland Museum, 2020

Rappelons qu’il y a quelques mois, un rapport alarmant témoignait des dangers pesant sur une espèce plus commune : l’anguille européenne. Au cours des dernières décennies, leur nombre a en effet considérablement diminué en raison d’une combinaison de facteurs parmi lesquels nous pouvons notamment citer la pollution toxique, la surpêche, les parasites ou encore la succession de barrages hydroélectriques. Cependant, il y en a d’autres. Selon cette étude, il est en effet apparu que la cocaïne pouvait également poser problème.