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De Vinci a créé bien des choses, mais pas le buste de la Flora

Crédits : SMB-SPK

Inventeur, scientifique, ingénieur, peintre, sculpteur, architecte, musicien, philosophe ou encore écrivain… Léonard de Vinci a pensé et créé de nombreuses pièces, mais pas le buste de la déesse Flora. C’est en tout cas ce que confirme une étude qui clôt un débat de longue date. En réalité, la sculpture a été créée des siècles après la mort de l’artiste.

En 1909, le buste de la déesse Flora (une divinité romaine de plantes à fleurs) avait été acquis aux enchères par Wilhelm von Bode, le fondateur et directeur du musée Kaiser Friedrich (aujourd’hui le musée Bode) de Berlin. À l’époque, la statue de cire d’environ soixante-dix centimètres de haut avait été attribuée à Léonard de Vinci, principalement parce que les traits de la femme ressemblaient à ceux des visages des peintures de l’artiste. Néanmoins, tout le monde n’était pas d’accord.

De nombreuses contestations

Au cours des deux années suivant cette acquisition, des chercheurs européens ont en effet publié plusieurs centaines d’articles contestant l’origine de la sculpture.

Menée dans les années 1900, l’analyse chimique de la cire n’avait pas pu déterminer l’âge de la statue. En revanche, elle avait permis d’isoler des traces de spermaceti, une substance cireuse de couleur blanche produite dans la tête des cachalots. Or, l’utilisation de cette matière était assez rare dans les objets d’art de la Renaissance et beaucoup plus courante dans les sculptures du XIXe siècle.

D’autres ont aussi contesté la méthode de moulage qui, selon eux, ne reflétait pas les techniques de la Renaissance. Une autre étude a également révélé la présence de fragments de journaux et de bois datant du XIXe siècle à l’arrière du buste. Les auteurs de ces travaux avaient cependant convenu que ces matières pouvaient s’être rapportées à la pièce lors de manipulations ultérieures.

Enfin, il existe des documents historiques appuyant que ledit buste aurait été créé par un sculpteur britannique du 19e siècle nommé Richard Cockle Lucas en 1846. Ces documents sont signés de son fils.

C’est une machination, une imposture“, s’était alors défendu Von Boden à qui l’on reprochait d’avoir acheté un faux.

Toutefois, si les origines de ce buste ont été contestées parmi les experts en art depuis plus d’un siècle du fait qu’aucune preuve directe ne l’ait jamais relié à De Vinci, aucune étude n’avait non plus prouvé avec certitude cette non-filiation. C’est désormais chose faite.

flora leonard de vinci
Crédits : SMB-SPK

Sculptée entre le 18e et le 19e siècle

Dans le cadre de cette étude, une équipe dirigée par des chercheuses du CNRS/Chimie ParisTech a effectué une nouvelle analyse chimique de la pièce, soulignant que celle-ci était principalement composée de spermaceti mélangé à de la cire d’abeille.

Sur cette base, les scientifiques ont ensuite pu dater quelques échantillons de cire en mesurant la désintégration du carbone 14, une forme radioactive de carbone. Ils ont également pris soin de calibrer leurs calculs pour refléter que la cire provenait d’animaux dans un environnement marin.

En comparant leur analyse de la cire aux mesures du carbone 14 provenant d’autres sources marines, les chercheurs ont estimé que le buste a probablement été sculpté au XIXe siècle, et non du vivant de Léonard de Vinci (1452 – 1519).