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L’énergie du futur proviendra-t-elle du tofu ?

Crédits : Public Domain Pictures

En Indonésie, les habitants d’un village produisent du biogaz grâce à l’eau de cuisson du tofu. Cette énergie est propre, économique et moins dangereuse que les bouteilles de gaz.

Tumirah a 52 ans et habite le village de Kalisari, situé dans le centre de l’île de Java. Chaque jour, la dame cuisine du tofu et son soja mijote généralement dans un énorme chaudron. L’intéressée indique être capable de transformer 80 kilos de tofu quotidiennement et d’obtenir ensuite l’équivalent de 600 litres d’eau dont l’odeur n’est pas très agréable.

Cette eau de cuisson était auparavant jetée, mais aujourd’hui, un tuyau l’achemine vers un conteneur situé à 300 mètres de la bâtisse de Tumirah. L’eau est transformée en biogaz avant d’être redirigée vers un second tuyau dont la mission est tout simplement de chauffer le chaudron utilisé pour cuire les plats du jour.

Selon Tumirah, elle et sa famille cuisinent au biogaz depuis maintenant trois ans et ont remplacé le gaz de pétrole liquéfié (GPL). Le biogaz est moins dangereux que le GPL en bonbonne comportant un risque d’explosion et les économies réalisées sont non négligeables. En effet, il suffit à la famille de stocker l’eau et de payer 15 000 rupiahs (un euro) par mois pour l’entretien des canalisations et la gestion du processus de fabrication du biogaz.

À Kalisari, on fabrique un tofu réputé depuis les années 1970 et sur moins de 5000 habitants, la localité compte environ 250 fabricants. Chacun produit en moyenne 1500 blocs de tofu par jour en transformant une cinquantaine de kilos de soja. Un rapide calcul donne un aperçu du potentiel du village entier concernant le biogaz.

« Si la matière organique fermente, le méthane produit peut être utilisé pour cuisiner », explique Rifda Naufalin, professeure en sciences et technologies alimentaires à la Jenderal Soedirman University de Purwokerto. Cela n’est pas un hasard pour l’experte puisque le tofu est composé de protéines végétales, d’acide organique et de vinaigre. Son pH est donc légèrement acide. Il faut savoir que le pH des eaux de cuisson non traitées est de quatre ou cinq et donc capable de tuer des poissons et nuire aux récoltes par exemple.

Dans le cas où ces eaux ne sont pas traitées correctement, les matières organiques se décomposent et produisent un gaz ammoniac difficile à respirer à cause de la forte odeur. Auparavant, les villageois déversaient l’eau de cuisson (environ 70 000 litres par jour en moyenne) dans la rivière toute proche, occasionnant une pollution grave.

« Aujourd’hui, 142 des 250 fabricants de tofu du village canalisent leurs eaux de cuisson vers les digesteurs qui génèrent du biogaz pour 210 foyers »,
indique Aziz Masruri, le chef du village. Cela est devenu possible après la construction de cinq sites de traitement des eaux usées entre les années 2010 et 2014.

Sources : Le FigaroThe Japan Times