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Le verdissement des hautes latitudes, un frein au changement climatique ?

Crédits : NASA.

Le verdissement des latitudes les plus septentrionales permettra-t-il de limiter les ardeurs du changement climatique en favorisant la capture du CO2 par photosynthèse ? Si les observations confirment l’existence du phénomène, elles révèlent également une efficience bien plus modeste qu’on aurait pu l’espérer. C’est en tout cas ce que rapporte une étude parue dans la revue Nature Climate Change ce 29 avril.

Ajoutée à l’augmentation du CO2 atmosphérique, la hausse des températures moyennes favorise la croissance des végétaux aux hautes latitudes boréales. Aussi, ces régions initialement peu hospitalières au développement de la végétation connaissent un phénomène de verdissement, bien mis en évidence par les observations satellitaires.

Jusqu’à présent, les scientifiques pensaient que celui-ci permettrait de tempérer un tant soit peu l’évolution climatique en favorisant la capture de CO2 par photosynthèse. Le carbone se retrouvant stocké dans la biomasse des végétaux et dans les sols. Toutefois, si l’hypothèse semble confortée par les modèles de climat, les travaux les plus récents témoignent finalement d’un effet très mesuré.

Une capture de carbone jugée modeste

En tirant parti de plusieurs jeux de données satellitaires, les chercheurs ont quantifié l’évolution du stockage de carbone dans la biomasse entre le Canada et l’Alaska sur la période 1984-2014. Aussi, sur les 2,8 millions de km² que couvre le domaine d’étude, la capture s’est révélée 3 fois plus faible que celle annoncée par les modèles. Par conséquent, il apparaît que ces derniers souffrent d’un important biais quant aux flux de carbone boréaux.

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Verdissement entre Canada et Alaska de 1984 à 2012. La toundra laisse progressivement place à des broussailles et à des arbustes de plus en plus imposants. Crédits : NASA’s Goddard Space Flight Center / Cindy Starr.

Comment expliquer cet écart ? Une partie est imputable à l’impact des feux de forêts, encore mal représentés dans les simulations. En effet, en accentuant la fréquence et l’ampleur des incendies, le réchauffement climatique empêche le carbone de rester longtemps stocké dans les plantes. D’autre part, les pratiques d’exploitations des sols vont également en grandissant. Enfin, l’effet bénéfique de l’allongement de la saison de croissance et d’une atmosphère plus riche en CO2 serait surestimé. En résumé, bien que les flux de carbone impliqués soient conséquents, le réservoir constitué par cette nouvelle biomasse est relativement faible.

« Ce que nous avons constaté dans l’ensemble, c’est que dans tout ce domaine au cours des 31 dernières années, les stocks de carbone ont augmenté modestement » rapporte à ce titre Jonathan A. Wang, auteur principal du papier. « Ce que nous estimons, c’est que 430 millions de tonnes de biomasse se sont accumulées au cours des 31 dernières années. Mais cela aurait été presque le double sans les incendies et les récoltes qui ont limité cette capacité ».

Le verdissement reste une bonne nouvelle, mais à la marge

« Les taux d’accumulation de carbone dans cette région sont inférieurs à ce que les études précédentes ont indiqué et pousseront la communauté scientifique à chercher ailleurs les principaux moteurs du puits de carbone terrestre » note James Randerson, coauteur du papier. « L’évolution observée reste une bonne nouvelle pour le climat. Mais elle est également bien inférieure à ce à quoi nous nous attendions, car les incendies ont fait rage et sont devenus plus sévères ».

Si le verdissement est un phénomène anticipé et observé depuis un certain temps, la quantification précise de son influence reste donc un sujet difficile. Avec ces nouveaux résultats, les auteurs espèrent contribuer à enrichir notre compréhension du cycle du carbone en régions boréales et améliorer la modélisation de ce dernier au cours des années à venir.

Source

Damien Altendorf

Rédigé par Damien Altendorf

Habitant du Nord-est de la France, je suis avant tout un grand passionné de météorologie et de climatologie. Initialement rédacteur pour le site "Monsieur Météo", je contribue désormais à alimenter celui de "Sciencepost".