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Le vêlage d’icebergs à l’origine de tsunamis sous-marins

Crédits : Calyponte / Wikimedia Commons.

En Antarctique, des tsunamis sous-marins sont déclenchés par le vêlage d’icebergs. C’est la découverte faite de façon fortuite par des chercheurs alors qu’ils opéraient des mesures océanographiques à proximité d’un glacier antarctique. Les observations ont été publiées et discutées dans la revue Science Advances ce 22 novembre.

Lors d’une campagne de recherche menée en péninsule antarctique à proximité du glacier Williams, une équipe de chercheurs du British Antarctic Survey a été témoin d’un important évènement de vêlage. Plus précisément, le front du glacier s’est désintégré, libérant une armada d’icebergs dans l’océan. La surface vêlée correspondait à près de 80 000 m². Si l’évènement n’est pas atypique en tant que tel, les mesures obtenues par les chercheurs sont sans précédent.

Un tsunami sous-marin déclenché par le vêlage d’un iceberg

En effet, ce vêlage s’est produit alors que l’équipe effectuait une série de mesures dans les couches océaniques environnantes. Fortuitement, les scientifiques ont mis en évidence la survenue d’un tsunami sous-marin en réponse à la libération brutale de glace. S’il est bien connu que le vêlage d’icebergs provoque des perturbations conséquentes à la surface de l’eau, ses effets sur les couches plus profondes étaient jusqu’alors indéterminés.

« Nous savons maintenant que cela crée également des vagues à l’intérieur de l’océan », rapporte Michael Meredith, auteur principal de l’étude. « Lorsqu’elles déferlent, ces ondes internes provoquent un brassage de l’océan qui affecte la vie dans la mer, sa température à différentes profondeurs et la quantité de glace qu’elle peut faire fondre. Il est important pour nous de mieux comprendre ces phénomènes ».

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(A-E). Gradient vertical de la température océanique avant et après le tsunami sous-marin. On note une plus faible stratification sur les dernières figures, signalant l’effet du mélange. Crédits : Michael P. Meredith & coll. 2022.

Vers une meilleure compréhension des relations entre l’océan, la cryosphère et la biologie marine

Cette découverte permettra de mieux comprendre la dynamique océanique à proximité des glaciers et des calottes glaciaires ainsi que la nature du couplage qui connecte l’océan et la glace. La biologie marine et son interaction avec le cycle du carbone devrait également bénéficier de ces observations. Il s’agit de deux sujets majeurs, en particulier dans un contexte de réchauffement climatique. À ce titre, on peut s’attendre à une hausse sur le long terme du nombre de tsunamis sous-marins autour de l’Antarctique et du Groenland.

« Le mélange des océans influence l’endroit où se trouvent les nutriments dans l’eau, ce qui a de l’importance pour les écosystèmes et la biodiversité », détaille le chercheur. « Nous pensions savoir ce qui provoquait ce mélange. En été, nous pensions que c’était principalement le vent et les marées, mais il ne nous était jamais venu à l’esprit que le vêlage d’un iceberg pouvait provoquer des tsunamis internes qui mélangeraient les éléments de manière aussi importante ».

La découverte de tsunamis sous-marins dont l’origine est le vêlage d’iceberg est un bel exemple de sérendipité, c’est-à-dire une découverte faite de façon fortuite, souvent en cherchant à étudier ou à mettre en évidence un autre phénomène. Le cas échéant, la capacité des scientifiques à s’adapter à une situation inattendue afin de tirer le maximum d’information de l’évènement a joué un rôle fort dans la qualité du travail produit. Comme le rapportent les auteurs, se trouver au bon endroit au bon moment est une chose, mais avoir les bons réflexes en est une autre.

L’objectif est désormais de mieux cartographier ce phénomène et de l’inclure dans les modèles de climat afin de rendre plus précises les projections de la remontée future du niveau des mers.

Damien Altendorf

Rédigé par Damien Altendorf

Habitant du Nord-est de la France, je suis avant tout un grand passionné de météorologie et de climatologie. Initialement rédacteur pour le site "Monsieur Météo", je contribue désormais à alimenter celui de "Sciencepost".