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Les thylacines sont éteints… Alors pourquoi certains continuent-ils à les voir ?

Deux Thylacines. Crédits : Smithsonian Institution

Le thylacine, appelé également loup de Tasmanie ou encore tigre de Tasmanie, est un mammifère marsupial carnivore de la taille d’un loup et au pelage tigré considéré comme éteint depuis 1936. Mais tout le monde n’est pas de cet avis.

Thylacinus cynocephalus, un ancien marsupial, s’est éteint en Australie continentale il y a environ 3 000 ans, victime de la concurrence accrue avec le dingo. Une partie de la population de ces animaux a toutefois vécu jusqu’au 20e siècle en Tasmanie, isolée par l’élévation du niveau de la mer il y a 14 000 ans.

Considéré ensuite comme une menace pour le bétail, le gouvernement australien décida d’anéantir l’espèce dès le début des années 1900. Les tigres de Tasmanie ont finalement officiellement disparu en 1936, lorsque Benjamin – le dernier d’entre eux – est mort en captivité au zoo Beaumaris de Hobart (Australie).

Plus récemment, les Archives nationales du film et du son d’Australie (NFSA) ont d’ailleurs publié le dernier film connu de Benjamin. On le voit alors au zoo de Beaumaris, en mars 1935, environ 18 mois avant son décès.

De nombreux rapports d’observations

Une étude publiée en 2018 a confirmé que les thylacines étaient éteints. Des analyses génétiques, faites l’année précédente par des chercheurs de l’Université d’Adélaïde et de l’Université de Melbourne, ont également révélé que l’espèce était déjà en déclin génétique depuis au moins 70 000 ans, bien avant l’arrivée des premiers Hommes en Australie.

Pourtant, le 23 février dernier, Neil Waters, président de la Thylacine Awareness Groupe d’Australie, a promis des preuves photographiques suggérant que l’espèce est encore bel et bien vivante. Les quatre photos, a-t-il affirmé, nous dévoileraient une famille, dont un juvénile, se déplaçant à travers la brousse. Naturellement, il n’en fallait pas moins pour enthousiasmer les passionnés.

Finalement, une analyse de ces nouvelles photos par des spécialistes a rapidement balayé l’annonce. Cette déclaration n’est pas la première. Au cours de ces dernières années, de nombreux habitants et autres gardes forestiers ont également affirmé avoir repéré l’animal emblématique.

Plus récemment, en septembre 2019, le Département des industries primaires, des parcs, de l’eau et de l’environnement de Tasmanie a même publié un document relatant huit observations possibles, mais non vérifiées au cours des trois années précédentes.

Mais alors, pourquoi semble-t-on voir autant ces animaux ?

Le Thylacine, le nouveau Big foot

Il n’est pas impossible que des espèces présumées éteintes réapparaissent. Il y a deux ans, une tortue géante a notamment été repérée dans les Galapagos pour la première fois depuis 1906. Plus récemment, Pharohylaeus lactiferus, une espèce d’abeille originaire de l’Est australien qui n’avait pas été vue depuis 1923, a également été aperçue dans une forêt du Queensland. Enfin, pour la première fois en 170 ans, des chercheurs ont récemment confirmé les observations d’un akarat à sourcils noirs à Bornéo, clôturant ainsi « l’une des grandes énigmes de l’ornithologie indonésienne ».

Ce ne sont ici que des exemples, et il y en a d’autres. C’est en partie pourquoi ces histoires de thylacines sont considérées par des chercheurs pleins d’espoir. Contrairement à Bigfoot ou à Nessie, ces animaux étaient incontestablement réels, et ont été photographiés de leur vivant. Aussi, prendre une photo de l’un d’eux ne semble pas nécessairement si exagéré. Après tout, si certaines espèces ont soudainement réapparu, alors pourquoi pas les tigres de Tasmanie ?

Une autre partie de la réponse, selon les psychologues, peut résider dans les bizarreries de l’esprit humain et la façon dont nous traitons des informations qui sont à la fois familières et difficiles à percevoir.

« Nos croyances et notre expérience antérieure peuvent influencer ce que nous voyons »

Le traitement de chaque détail sensoriel individuel est impossible, rappelle Susan Wardle, neuroscientifique aux National Institutes of Health aux États-Unis.

Ainsi, notre cerveau reconstruit activement notre monde visuel en fonction de l’entrée complexe, mais ambiguë reçue par nos yeux. La recherche a montré que des données sensorielles peu claires – comme une image floue (les soi-disant images de thylacines sont toujours floues) – poussent le cerveau à s’appuyer davantage sur des schémas préconçus pour en comprendre le sens.

«Cela signifie qu’il existe une interaction intéressante entre la perception et la cognition – nos croyances et notre expérience antérieure peuvent influencer ce que nous voyons. Ou plus précisément, ce que nous pensons voir», enchaîne le Dr Wardle.

Cette tendance peut induire les gens en erreur lorsqu’ils étudient les preuves photographiques d’animaux longtemps invisibles. D’autant plus lorsqu’ils ont déjà une idée assez précise de ce qu’ils recherchent.

De nombreuses personnes à la recherche de ces créatures sont également investies sur le plan émotionnel, «et sont déjà convaincues que ces créatures sont déjà là-bas», ajoute Christopher French, de l’Université de Londres.

En outre, le fait de s’appuyer sur des photographies qui n’offrent pas de regard clair sur l’animal en question conforte également ces personnes dans la mesure où ces images, de par leur manque de clarté, ne peuvent contredire leur hypothèse.

Crédits : Wikipédia/Tasmanian Tiger

Toujours est-il que, pour l’heure, le thylacine est toujours éteint. Pour certains, il vraisemblablement beaucoup plus probable que les rapports partagés concernaient en réalité des observations de renards ou de chiens sauvages.

Le gouvernement tasmanien note également qu’en l’absence d’empreintes ou même de carcasses, il n’existe à ce jour aucune preuve concluante que l’espèce ait effectivement survécu. D’autres, en revanche, attribuent l’absence de traces au caractère principalement rocailleux du sol de la région. D’un autre côté, l’absence de carcasses pourrait s’expliquer par la présence des diables de Tasmanie, opportunistes et charognards.