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Le sacrifice programmé d’une araignée pour nourrir sa progéniture

Crédits : Joaquin Portela / Wikipédia

La dissolution des organes internes de cette espèce est programmée pour offrir aux bébés un déjeuner liquide. Une stratégie évolutive signée par l’araignée Stegodyphus lineatus.

C’est un bel héritage maternel que d’offrir son propre corps. Imaginez vos organes internes se liquéfier pour nourrir vos nouveau-nés, plutôt ragoûtant n’est-ce pas ? C’est en tout cas le sacrifice offert par cette araignée à ses petits. Une sorte de bouillie riche en sucs maternels, mijotée et formée de ses propres organes internes auto-dissous.

« On savait déjà que dans cette famille d’araignées, tous les petits mangeaient leurs génitrices, explique l’entomologue Mor Salomon, de l’Institut israélien Cohen pour le contrôle biologique. Ce que nous venons de montrer, c’est qu’avant même que les petits n’éclosent, les tissus abdominaux de la mère commencent à se déliter, de façon à pouvoir être ensuite ingurgités par les plus jeunes ».

Tout commence lors de l’accouplement, qui déclenche une production accrue d’enzymes digestives, qui permettent à l’araignée femelle d’ingérer plus de nutriments avant que ses petits n’émergent. La femelle se gave, et ce même emballement enzymatique entraine peu à peu la dégradation des propres organes digestifs de la mère. Le phénomène d’auto-liquéfaction est en marche, et s’accélérera pendant l’incubation des œufs. Une fois les petits éclos, la mère-araignée régurgite, pendant deux semaines, des fluides provenant de ce qu’elle a mangé et stocké pour les nourrir. Une fois ses réserves épuisées et son intérieur totalement liquéfié, elle offre son propre flanc à la dévoration. Il ne faudra alors que trois heures aux petits pour terminer l’assiette.

La découverte de ces processus biologiquement induits et de cette lente transformation des tissus internes montre qu’il ne s’agit pas d’un « sacrifice maternel » ou d’un « suicide », mais plutôt d’une sorte de mort cellulaire programmée. Une stratégie évolutive radicale plutôt rare dans le monde animal.

Source S & A

– Crédits photo : Joaquin Portela / Wikipédia