in

Le premier microprocesseur de l’histoire est celui d’un avion de chasse de l’US Navy

Crédits : PxHere

Officiellement, le premier microprocesseur ayant fait l’objet d’une commercialisation n’est autre que le 4004 d’Intel. Néanmoins, un avion de chasse de l’US Navy embarquait déjà un microprocesseur avant l’arrivée du 4004. Il s’agit du célèbre F-14 Tomcat retiré du service actif depuis une quinzaine d’années.

Une mission très importante

Dans l’histoire, certains “héros” sont parfois passés à la trappe. Dans un article publié le 23 décembre 2020, le magasine Wired a par exemple raconté l’histoire de Raymond M. Holt, designer informatique et homme d’affaires de la Silicon Valley. À la fin des années 1960, au sein de la société Garrett AiResearch, son frère Bill et lui conçoivent ensemble le Central Air Data Computer (CADC). Or, il est légitime de considérer ce dernier comme étant le tout premier microprocesseur de l’histoire. Toutefois, ce titre revient officiellement au microprocesseur 4004 de la firme Intel, commercialisé en 1971. Conçu par Marcian Hoff et Federico Faggin, celui-ci était notamment utilisé dans les micro-ordinateurs, calculatrices et autres flippers de bar. Ceci est injuste pour Raymond et Bill Holt, mais est pourtant logique.

À l’époque, la société Garrett AiResearch est un sous-traitant de l’avionneur Grumman. Or, le CADC (voir ci-après) équipait l’avion de chasse F-14 Tomcat (mis à l’honneur dans le film Top Gun en 1986) dont le premier vol a eu lieu en 1970. Lancé officiellement en 1974, l’avion aura servi jusqu’à son retrait en 2006. Raymond et Bill Holt n’ont pas reçu les honneurs, tout simplement parce que leur invention était couverte par le secret militaire. Ainsi, la nouvelle est apparue seulement en 1998, soit trois décennies plus tard.

Central Air Data Computer (CADC)
Crédits : capture écran georgeusmc1965 / LiveJournal

Un microprocesseur très performant

Ray Holt était un élève assez médiocre au début de sa scolarité, mais s’est révélé brillant à l’Université de l’Idaho (États-Unis) durant ses études en physique de l’électricité. Son frère Bill a quant à lui étudié à l’Université de Stanford. Après leurs études, tous deux se sont retrouvés chez Garrett AiResearch. Lors de son premier jour dans la société, Ray Holt a un entretien secret avec l’un de ses supérieurs. Celui-ci lui montre une boite complexe qui n’est autre que le boîtier de commandes de vol d’un McDonnell Douglas F-4 Phantom II, datant de la fin des années 1950.

La mission de Ray Holt était claire : concevoir un équivalent entièrement électronique de ce système électromécanique vieillissant. Les objectifs étaient également de permettre le calcul de l’altitude, de la vitesse ascensionnelle ou encore de l’angle d’attaque à partir de données recueillies par différents capteurs. En outre, le CADC devait également adapter automatiquement la géométrie des ailes de l’aéronef. Il s’agissait de permettre au futur F-14 d’atteindre une grande manœuvrabilité ainsi que de très hautes vitesses d’interception.

Si le CADC avait “physiquement” seulement quelques mois d’avance sur le 4004 d’Intel, ses performances étaient en revanche bien plus importantes. Wired a interrogé Russel Fish, un expert en microprocesseurs ayant fait une comparaison très parlante. Selon l’intéressé, le 4004 était “capable de compter jusqu’à 16” alors que le CADC “pouvait calculer des expressions polynomiales de sixième degré suffisamment rapidement pour contrôler la géométrie des ailes d’un avion de chasse supersonique”.