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Le monde de la paléontologie secoué par l’annonce de la découverte d’ADN de dinosaure

Monture squelettique d'un Hypacrosaurus altispinus présentée au Royal Tyrrell Museum, Alberta. Crédits : Wikipédia

Une étude le confirme : on aurait enfin retrouvé de l’ADN de dinosaure dans un crâne de bébé hadrosaure, retrouvé en 1988 aux États-Unis. Une annonce qui suscite néanmoins encore beaucoup d’interrogations.

Il y a environ 75 millions d’années un jeune hadrosaure, de l’espèce Hypacrosaurus stebingeri, périt dans ce qui est aujourd’hui le Montana. Une partie de son squelette sera finalement retrouvé à la fin des années 80. Sur le papier, la découverte était déjà très intéressante, mais pas forcément exceptionnelle.

Jusqu’au jour où Alida Bailleul, paléontologue à l’Académie chinoise des sciences, annonce avoir isolé non seulement des traces de protéines originales, mais également une signature chimique compatible avec l’ADN dans un petit fragment de cartilage provenant du crâne de ce jeune dinosaure.

De l’ADN de dino ?

À l’intérieur de certaines cellules, plus précisément, notamment celles figées en pleine division, d’étranges taches sombres se manifestent à l’endroit même où l’ADN est censé se condenser en chromosomes, raconte Marie Atteia, de Sciences et Vie. Du matériel génétique ? Ce serait surprenant. Intriguée malgré tout, Alida Bailleul décide alors d’injecter dans les tissus des molécules fluorescentes capable de se lier spécifiquement aux bases azotées de l’ADN.

Autrement dit, si effectivement nous étions en présence d’ADN, le noyau de ces cellules devrait se colorer. Et contre toute attente… c’est exactement ce qui se produit.

Nous aurions ainsi, à en croire ces travaux, isolé des restes dégradés d’ADN de dinosaure. L’annonce, publiée il y a quelques semaines, a véritablement secoué le monde de la paléontologie, et accessoirement suscité l’intérêt des fans de Jurassic Park. D’ailleurs, comme un clin d’oeil, c’est le conseiller scientifique du film, Jack Horner, qui a découvert ce crâne il y a un peu plus de 20 ans.

Si l’annonce venait à se confirmer, les perspectives seraient extraordinaires. La récupération d’un tel matériel génétique, possiblement encore porteur d’informations cruciales, nous permettrait en effet d’en apprendre davantage sur les dinosaures, tout comme les analyses de matériels génétiques nous ont permis, il y a encore quelques années, d’en apprendre davantage sur les mammouths.

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Deux cellules à mi-division (à gauche) qui présentent des taches sombres visibles à l’endroit même où l’ADN est censé se condenser en chromosomes. L’une de ces cellules (au centre) contient ce qui semble être des chromosomes. Ces petits points sombres “s’illuminent” finalement (à droite) après l’injection du colorant censé se lier spécifiquement aux bases azotées de l’ADN. Crédits : Alida Bailleul, Wenxia Zheng

Une annonce déroutante

Malgré tout, ces résultats paraissent effectivement très étonnants. Principalement parce que le matériel génétique n’est pas censé “survivre” autant de temps.

Jusqu’à présent, toutes les données montraient que l’ADN ne peut se conserver plus d’un million d’années, explique à Science & Vie Céline Bon, chercheuse en anthropologie génétique au Muséum national d’histoire naturelle. Avec le temps, celui-ci se fragmente en petits morceaux, devenant de moins en moins exploitable, avant de disparaître entièrement. Et plus il fait chaud, plus l’ADN se dégrade, poursuit-elle. Les plus anciens échantillons retrouvés jusque-là avaient tous été conservés dans du permafrost ou des calottes glaciaires. Et même parmi ceux-là, aucun n’avait plus d’un million d’années“.

Or, notre bébé hadrosaure, lui, est beaucoup plus ancien. Comment alors expliquer la présence de ces restes dégradés de matériel génétique ?

Une possible contamination bactérienne

Dans la foulée de l’article publié, une étude distincte, signée par des chercheurs de l’Université de Princeton, a elle aussi témoigné de la présence d’ADN à l’intérieur d’un os de Centrosaurus. Le paléontologue Renxing Liang, qui a dirigé ces recherches, a en revanche tempéré la nouvelle, expliquant que ces traces étaient d’origine bactérienne.

Selon lui, ce matériel génétique provenait ainsi de micro-organismes qui auraient intégré l’ossement pendant le processus de fossilisation. Autrement dit, le “moderne” se superpose ici à “l’ancien”, nous brossant finalement un tableau trompeur. Le problème, explique Liang, c’est que nous ne sommes aujourd’hui pas assez “armés” pour véritablement faire la différence entre les deux, ce qui, à terme, conduirait inévitablement à de fausses allégations.

De son côté, Alida Bailleul reconnaît qu’il est important de prendre en compte la possible présence de micro-organismes jusque-là inconnus lors de l’étude de la microbiologie osseuse des dinosaures. Mais, du moins dans le cadre de ses travaux, cette hypothèse n’est pas envisageable, simplement parce que la coloration des cellules a précisément été observée à l’emplacement de leur noyau. Si des bactéries s’étaient immiscées dans l’échantillon, la coloration se serait alors répandue sur toute sa surface.

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Crédits : Vlad Konstantinov

Répliquer les résultats

On ne sait donc plus trop sur quel pied danser. D’un côté l’étude paraît très convaincante, et d’un autre côté elle tranche véritablement sur ce que nous pensions savoir sur sur la conservation de l’ADN.

En outre, nous devons également considérer le manque de réplication des résultats. À titre d’exemple, peu après la sortie de Jurassic Park en 1993, des chercheurs avaient annoncé la découverte d’ADN datant du mésozoïque. Mais d’autres équipes de recherche n’ayant pas pu reproduire les mêmes résultats, ces conclusions n’avaient finalement pas été retenues. Dans le cadre de ces nouveaux travaux, aucune équipe distincte n’a pour l’heure eu l’occasion de reproduire les résultats. Or, cette condition sera pourtant inévitable si nous voulons confirmer ou non les conclusions.