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Le « foehn » met en péril une des plus grandes barrières de glace de l’Antarctique

Crédits : NASA.

De nouvelles recherches menées par des scientifiques de l’Université d’East Anglia (Angleterre) indiquent que la barrière de glace du Larsen C pourrait subir un effondrement précipité en raison d’une hausse de l’effet de foehn régional. Il s’agit de la quatrième plus grande plateforme de glace de l’Antarctique.

La péninsule antarctique est l’une des régions du globe qui s’est réchauffée le plus rapidement. En conséquence, cette langue continentale qui remonte vers la Terre de Feu a vu plusieurs de ses plateformes de glace s’effondrer au cours des dernières décennies. Le Larsen A fut la première a se désintégrer en 1995. Puis celles du Larsen B en 2002 et de Wilkins en 2009. Enfin, une dislocation partielle du Larsen C est survenue en 2017 avec près de 6000 km² de glace expulsés vers le large. Ces évolutions profondes sont pilotées par le réchauffement de l’air qui accélère la fonte de surface et par celui de l’océan qui augmente la fonte basale – i.e. par-dessous.

Une fracturation précipitée par l’effet de foehn

De nouveaux résultats présentés à une rencontre de l’AGU en avril 2021 précisent les choses quant aux mécanismes de dégel à la surface des plateformes. En particulier, ils soulignent l’importance du rôle joué par les épisodes de foehn qui touchent la côte orientale de la péninsule. On désigne ainsi les vents glissant vers les plaines ou plateaux après avoir survolé un relief et subissant un réchauffement supplémentaire par compression de l’air.

En effet, ces évènements gagnent en fréquence et en ampleur suite à la remontée du courant-jet austral vers le pôle. Ainsi, les monts de la péninsule sont plus souvent exposés à un courant d’ouest rapide, responsable d’une augmentation des épisodes de foehn en aval, là où se situe le Larsen C. Les chercheurs notent que l’évolution constatée du courant-jet est à la fois due à l’amincissement de la couche d’ozone antarctique et à l’augmentation des gaz à effet de serre atmosphériques.

Crédits : NASA / Ben Holt.

Comme les taux de fonte surfacique les plus élevés dans la région sont causés par ces vents, les chercheurs pensent que la dernière plateforme encore présente au niveau de la péninsule devrait subir un effondrement plus rapide qu’envisagé initialement.

Un impact irrécusable pour le niveau des mers

Une perspective qui porte des implications fortes pour le relèvement du niveau des mers. Et pour cause, lorsqu’une barrière de glace se disloque ou se fragmente, l’écoulement glaciaire en amont – qui provient du continent – n’est plus contenu par l’effet d’arcs-boutants de la plateforme et s’accélère en conséquence. Un processus qui équivaut à un transfert net d’eau depuis le continent vers l’océan.

« D’après des études antérieures, nous savons que ces régions sont désormais sujettes à une accumulation d’eau de fonte, un précurseur de l’hydro-fracturation – lorsque des crevasses sont ouvertes par le poids de l’eau issue de la fonte de surface » indique Andrew Elvidge, auteur principal du papier. « C’est le mécanisme qui aurait causé les effondrements catastrophiques des plateformes de glace voisines du Larsen A et B en 1995 et 2002, respectivement ».

Les conclusions formulées par les chercheurs sont le fruit d’une analyse détaillée recoupant observations et modélisations numériques des plateformes de la région entre 2014 et 2017.

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