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Le dernier rapport d’évaluation sur le méthane évoque des émissions mondiales en accélération rapide

Crédits : capture vidéo / NASA.

Une publication majeure s’inscrivant dans le cadre du Global Carbon Project vient préciser notre compréhension du cycle du méthane et son évolution sur la période récente. Ce travail paru le 15 juillet dernier dans la revue Earth System Science Data (ESSD) est le fruit des efforts de 91 chercheurs issus de 69 organisations scientifiques réparties dans le monde.

L’étude couvre la période allant de 2000 à 2017. Les mesures des années ultérieures n’étant pas encore disponibles au niveau mondial et/ou avec un degré de calibration insuffisant. En effet, ce type d’évaluation requiert un niveau de précision élevé qui appelle un important travail sur les données. Une procédure inhérente à la recherche scientifique qui demande du temps.

Le rôle du méthane dans le réchauffement du climat

Le méthane (CH4) est le second gaz à effet de serre le plus important en termes d’influence humaine sur le climat. Et ce, juste derrière le dioxyde de carbone (CO2). On rappelle que pour une même masse, le CH4 a un pouvoir réchauffant 28 fois plus élevé que le CO2 à l’horizon du siècle. Depuis le début de la période industrielle, sa concentration atmosphérique a été multipliée par 2,5 (~1850 ppb en 2017). Un niveau jamais vu depuis au moins 800 000 ans. Ainsi, le rôle du méthane dans le réchauffement en cours est substantiel – évalué à environ 23 %.

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Évolution du contenu atmosphérique en méthane (en ppb) à l’échelle des 2000 dernières années. Aussi, notez la brutale hausse à partir des années 1800 (révolution industrielle). Crédits : Global Carbon Project.

Or, les résultats obtenus par les scientifiques montrent que les émissions de méthane ont sensiblement accéléré sur les années les plus récentes. Au point d’approcher le scénario le plus pessimiste défini dans l’AR5 du GIEC.

Accélération des émissions : entre agriculture et combustibles fossiles

Pour donner quelques chiffres, en 2017 ce sont 600 millions de tonnes de CH4 qui sont entrées dans l’atmosphère. Plus de la moitié (60 %) étant le fait des activités humaines. Il s’agit d’un flux de méthane 10 % supérieur à celui observé au début des années 2000. De fait, le réservoir que représente l’atmosphère continue à s’enrichir en CH4 et de manière de plus en plus rapide.

Les causes de l’accélération à l’échelon mondial sont essentiellement au nombre de deux. D’une part, la généralisation de certaines pratiques agricoles comme l’élevage intensif. De l’autre, l’extraction et l’utilisation croissante des combustibles fossiles que sont le charbon, le pétrole et le gaz naturel. La géographie des rejets anthropiques montre que les augmentations se concentrent surtout en Afrique et au Moyen-Orient, en Asie du sud et en Océanie, en Chine et aux États-Unis. A contrario, l’Europe se démarque comme la seule région à connaître une baisse.

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Tendance des émissions de méthane entre 2000-2006 et 2017 selon deux méthodes (TD et BU). Plus précisément, les différentes régions du monde sont indiquées sur l’axe du bas. En outre, sont également présentés les résultats sur certaines bandes de latitudes. Crédits : Global Carbon Project.

« Les politiques climatiques et une meilleure gestion des déchets ont permis de réduire les émissions des décharges, du fumier et d’autres sources en Europe. Les gens mangent aussi moins de bœuf et plus de volaille et de poisson » précise Marielle Saunois, auteure principale du papier. Néanmoins, il faut noter que cette vision ne prend pas en compte les éventuelles émissions déportées.

Pas d’évolution notable en régions polaires

En outre, contrairement à ce que l’on pourrait penser, aucune tendance notable n’a été observée dans les émanations de CH4 au niveau des régions polaires. En réalité, les émissions naturelles – pergélisol, zones humides, termites, etc. – sont restées assez stables (équilibrées) sur la période étudiée. Toutefois, avec la poursuite du réchauffement, on peut s’attendre à un certain déplacement d’équilibre dans les années et décennies à venir. En particulier, en zone tropicale.

Pour contenir ce risque « nous devrons manger moins de viande et réduire les émissions associées à l’élevage du bétail ou la culture du riz et remplacer le pétrole et le gaz naturel de nos voitures et nos maisons » note Rob Jackson, l’un des nombreux co-auteurs de l’étude. De plus, « cela peut aussi passer par l’identification de fuites dans les infrastructures pétrolières et gazières. Des actions en ce sens seraient payantes à très court terme, beaucoup plus vite que pour le CO2, puisque la durée de vie du méthane dans l’atmosphère est d’à peu près dix ans » ajoute Marielle Saunois.

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