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Le crâne d’un singe éteint découvert dans une ancienne tombe

Crédits : Sam Turvey/ZSL

Une espèce de singe depuis longtemps oubliée a récemment été exhumée d’une tombe datant de 2300 ans. Il s’agissait d’un gibbon, que les scientifiques appellent Junzi imperialis.

Découvert en 2004, le squelette facial d’un petit singe – du moins ce qu’il en reste – gisait depuis près de 2300 ans dans la demeure de Lady Xia, grand-mère du premier empereur de la dynastie Qin. Le tombeau contenait plusieurs animaux exotiques morts, répartis dans 12 fosses, y compris un léopard et un ours, appartenant probablement à un membre de l’ancienne élite chinoise. Mais ce qui attira particulièrement les archéologues, c’est cette petite mâchoire avec des canines proéminentes. Leur analyse révèle qu’il s’agissait d’une espèce de gibbon inconnue et aujourd’hui éteinte, appartenant probablement à un genre disparu.

Pour les chercheurs, c’est l’essor démographique de nos ancêtres qui aurait provoqué la disparition du primate après l’âge glaciaire. Si, en Chine on ne retrouve aujourd’hui des gibbons que dans le sud du pays, il étaient à l’époque très répandus. Leur disparition d’une grande partie du territoire, notent les chercheurs, est associée à la déforestation visant à l’expansion des cultures.

Plus que n’importe quel pays dans le monde, la Chine a en effet grandement transformé son paysage. Il y a deux mille ans, la population des Han était estimée à 60 millions de personnes, soit le quart du total mondial. Les gibbons, qui consomment surtout des fruits, ont par ailleurs particulièrement de mal à s’adapter à ces forêts qui rétrécissent. Lorsque les forêts se fragmentent, ils restent alors enfermés parce qu’ils descendent rarement de la canopée.

L’analyse de la morphologie des fragments de son crâne et de ses dents, comparée à celle des espèces connues de gibbons, révèle qu’il s’agit ici d’une espèce différente des 20 espèces actuelles. Les auteurs l’ont nommée Junzi imperialis. Le terme « Junzi  » désigne ici « l’homme de bien », l’homme moralement bon qui pratique la vertu d’humanité, selon Confucius (551-479 avant notre ère).

« Historiquement, les gibbons avaient une valeur culturelle importante en Chine, écrivent les auteurs. Leurs caractéristiques étaient perçues comme “nobles”, ce qui faisait d’eux les symboles des Lettrés ». Pour les chercheurs, les gibbons seraient devenus des animaux de compagnie des hommes de rang social élevé au cours de la dynastie Zhou (1046-256 avant notre ère).

Vous retrouverez tous les détails de cette étude dans la revue Science.

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