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Le climat de l’après 2100 : vers une Terre “étrangère aux Humains”

Crédits : Pixabay.

Dans une récente étude, un groupe de scientifiques appelle les chercheurs et les décideurs politiques à étendre l’horizon des perspectives climatiques bien au-delà 2100. En effet, c’est bien à cette échelle de temps que les projections révèlent toute l’ampleur de la perturbation que nous engageons. Les résultats sont publiés dans la revue Global Change Biology le 24 septembre.

Une large majorité des rapports scientifiques qui détaillent ce que pourrait être le climat futur se focalise sur les changements attendus d’ici à la fin du siècle. Aussi, l’année 2100 est devenue un symbole fort qui cristallise souvent les prises de décisions générales en termes d’adaptation et de limitation du réchauffement climatique anthropique.

Par exemple, l’Accord de Paris vise à contenir l’élévation de la température mondiale sous 2 °C à échéance de 2100 par rapport à l’époque préindustrielle – définie comme étant la période allant de 1850 à 1900. Or, comme nous l’évoquions dans un précédent article, les promesses actuelles des États nous mèneraient plutôt vers une élévation d’au moins 2,7 °C d’ici à la fin du siècle.

De l’importance de considérer l’après 2100

Toutefois, cette façon de présenter les choses peut donner l’impression que les risques climatiques majeurs attendront la fin du siècle pour se manifester. Ou encore, que le changement climatique dû à l’Homme s’arrêtera en 2100. Mais il n’en est rien. De plus, cette échéance qui semblait bien lointaine il y a encore quelques décennies devient inconfortablement proche au fil des années.

Dans ce contexte, un groupe de chercheurs a récemment mis l’accent sur le besoin de regarder plus loin que 2100. Si jusqu’à présent les modèles stoppaient souvent leurs calculs en fin de siècle pour économiser du temps de calcul, les auteurs urgent les chercheurs et les décideurs politiques à regarder bien au-delà de cette échéance. Un réflexe qui se manifeste rarement de lui-même.

stress thermique 2100
Nombre de mois dans l’année avec un indice de stress thermique supérieur à 38 °C (excédant la capacité du corps humain à réguler sa température interne). Les années apparaissent en rangées, de 2020 à 2500 de bas en haut et selon différents scénarios d’émissions (colonnes). Le scénario optimiste figure tout à gauche, le scénario pessimiste tout à droite. Crédits : Christopher Lyon & al. 2021.

« C’est surprenant car les personnes nées maintenant n’auront que 70 ans en 2100. À quoi ressemblera le monde pour leurs enfants et petits-enfants ? » soulignent-ils au détour d’un billet paru dans The Conversation. Et lorsque l’on se projette sur les siècles suivants, le moins que l’on puisse dire et que les perspectives donnent encore plus de poids aux actions que nous prendrons ou non dès à présent.

Vers une Terre plus hostile que jamais dans l’histoire des Hommes

Les chercheurs ont fait tourner un modèle climatique entre la fin du vingtième siècle et 2500 selon trois scénarios d’émissions de gaz à effet de serre. Hormis le scénario le plus optimiste compatible avec les objectifs de l’Accord de Paris, les simulations montrent que les changements s’aggraveront encore au cours des prochains siècles, avec un déplacement continu des cultures végétales vers les pôles et une Amazonie qui deviendrait probablement stérile.

De plus, de vastes domaines actuellement très peuplés du monde tropical deviendront en partie invivables pour les Hommes. En effet, la chaleur et l’humidité atteindraient un niveau supérieur au seuil de régulation thermique du corps humain (Tw supérieure à 38 °C). La fonte des calottes glaciaires et la hausse du niveau des mers se poursuivront également, et ce à une échelle probablement millénaire compte tenu la grande inertie de ces composantes climatiques.

« Si nous ne parvenons pas à arrêter le réchauffement climatique, les 500 prochaines années, et au-delà, changeront la Terre d’une manière qui mettra au défi notre capacité à maintenir de nombreux éléments essentiels à la survie, en particulier dans les cultures historiquement et géographiquement enracinées qui nous donnent sens et identité », alertent les scientifiques. « La Terre de nos projections en scénarios d’émissions élevées est étrangère aux humains ».