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Le changement climatique risque de profondément bouleverser la mousson asiatique

Crédits : pixabay.

De nouveaux travaux permettent de mieux comprendre les facteurs qui affecteront la mousson asiatique dans le cadre du changement climatique. En particulier, pourquoi la bande de pluies orageuses tend à refluer vers l’équateur à mesure que la Terre se réchauffe. Une tendance lourde quand on sait qu’à ce jour plus d’un milliard de personnes dépendent directement de ces précipitations. 

La mousson est un système de vents tropicaux caractérisé par une alternance entre deux régimes bien définis. Un régime humide en saison estivale et un régime sec en saison hivernale. Par abus de langage, on désigne souvent par « mousson » uniquement la phase humide marquée par des pluies diluviennes. Ces flux d’air alternés sont provoqués par des différences de pression de grande échelle dues au chauffage différentiel entre le continent et l’océan. Aussi, on peut voir ce phénomène comme une sorte de brise géante.

Mousson asiatique : plus d’un milliard de personnes concernées

La plus emblématique des moussons est probablement celle d’Asie. En effet, la présence d’une importante masse continentale juste au nord de l’océan Indien induit un fort contraste thermique et donc une bascule saisonnière de grande amplitude. Lorsque le continent surchauffe au printemps et en début d’été, l’air humide et plus frais présent au sud est vigoureusement aspiré vers le nord. Et avec lui, de vastes systèmes pluvio orageux.

mousson riziculture
La mousson apporte l’eau essentielle à la riziculture en Asie du sud et de l’est. Crédits : pxhere.

Plus d’un milliard de personnes dépendent actuellement des précipitations apportées par ces vents de sud-ouest chauds et humides. Peut-être 5 milliards d’ici 2050. Or, avec le changement climatique, leur dynamique est prévue de s’altérer. Néanmoins, il reste de grandes inconnues sur la façon dont celle-ci va réagir en réponse au réchauffement du climat. La question est pourtant de taille au vu de l’influence majeure de la mousson sur la vie socio-économique de pays comme l’Inde ou la Chine.

Dans ce contexte, une étude parue dans la revue Nature Climate Change le 21 octobre dernier vient apporter des éléments nouveaux. Des travaux qui améliorent notre compréhension du phénomène.

Une contraction vers l’équateur 

Sur la base de modèles climatiques à haute résolution, les auteurs ont pu évaluer comment la mousson d’Asie du sud-est évolue à mesure que la planète se réchauffe dans les simulations. Notons que le scénario prescrit correspond à un monde où nous ne faisons rien pour limiter nos émissions de gaz à effet de serre. Autrement dit, un scénario du laisser-aller.

mousson contraction
Circulation méridienne associée à la mousson. Ascendance (orages, pluies) en bleu et subsidence (temps sec, ensoleillé) en rouge. Plus précisément, les lignes solides correspondent au climat actuel et celles en pointillés au climat futur. Notez la contraction vers le sud de la zone d’ascendance et l’expansion vers le pôle de la zone de subsidence dans le cas de l’hémisphère nord (gauche). Crédits : Berkeley Lab.

Alors qu’en moyenne annuelle on attend une extension vers le nord de la zone tropicale, les chercheurs mettent ici l’accent sur la contraction vers l’équateur de la bande de convection profonde. Cette réponse résulte d’un réchauffement équatorial accéléré – lequel concentre donc l’activité pluvio orageuse anormalement au sud. En conséquence, les amas orageux ne remontent plus aussi facilement vers le nord. De fait, les régions touchées par les pluies ne seront pas les mêmes en climat plus chaud.

Un impact énorme sur la vie des habitants

« La manière dont [la mousson] se déplace et change avec le climat aura un impact énorme sur la gestion des ressources en eau et sur la vie quotidienne des habitants des régions d’Asie de l’est » souligne Da Yang, co-auteur du papier. « En outre, nous commençons à étudier l’impact sur d’autres caractéristiques régionales telles que la mousson nord-américaine et la trajectoire des ouragans » ajoute quant à lui Wenyu Zhou, auteur principal de l’étude.

Cependant, les chercheurs précisent que jusqu’à présent, la variabilité de la mousson a été largement dominée par les fluctuations naturelles. Ainsi, l’effet du réchauffement global sur ce mode de circulation n’est pas encore clairement détectable. « En d’autres termes, les conséquences du changement climatique, telles que suggérées dans cette étude, attendent d’être constatées » relate Da Yang.

À l’inverse, les mesures d’adaptation devront se faire sans attendre. Le but étant d’être préparé du mieux possible aux situations nouvelles que nous réserve l’avenir.

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