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Le changement climatique risque de causer un effondrement brutal de la biodiversité à l’échelle mondiale

Crédits : Pixabay License.

Une nouvelle étude parue dans Nature le 8 avril dernier met en garde contre le risque de perte généralisée de la biodiversité en lien avec le changement climatique. Plus précisément, les auteurs montrent que ces pertes se produiraient de façon soudaine – et non progressive – tout en soulignant que certaines régions du globe sont d’ores et déjà menacées.

Le monde du vivant réagit de manière très rapide aux variations climatiques. En témoignent les nombreux changements déjà observés. Parmi d’autres, on peut citer les migrations d’espèces, les diminutions de diversité génétique ou encore l’altération fonctionnelle de certains écosystèmes comme les récifs coralliens ou la forêt amazonienne.

Aussi, on s’attend à ce que le réchauffement planétaire devienne le facteur principal de perte de biodiversité dans les années et décennies à venir. Or, selon les résultats obtenus par une nouvelle étude, c’est même un recul catastrophique qui menace si la hausse du mercure se poursuit au rythme actuel.

Vers des altérations abruptes de la biodiversité

Dans leur papier, les auteurs ont évalué où et quand des perturbations écosystémiques profondes risquaient de se produire. Pour ce faire, ils ont utilisé les projections thermiques et hydriques issues de 22 modèles climatiques qu’ils ont croisées avec les aires de répartition géographique de plus de 30 000 espèces marines et terrestres. Un des résultats principaux du travail a été la mise en évidence du caractère abrupt des transitions identifiées.

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Pourcentage d’espèces exposées à un risque de franchissement de seuil thermique d’ici à 2100. Ceci dans le cadre d’un réchauffement non contrôlé (4 °C en fin de siècle). Le risque est calculé sur la base de 22 modèles de climat. En outre, les valeurs sont données par carrés de 100 kilomètres de côtés. Crédits : Christopher H. Trisos & al. 2020.

« Nous avons constaté que les risques pour la biodiversité n’apparaissent pas progressivement. Au lieu de cela, à mesure que le climat se réchauffe dans une certaine zone, la plupart des espèces seront capables de faire face pendant un certain temps. Jusqu’à franchir un seuil au moment où une grande partie des espèces seront soudainement confrontées à des conditions qu’elles n’ont jamais connues auparavant » détaille Alex Pigot, co-auteur de l’étude. « Ce n’est pas une pente douce, mais une série de falaises frappant différentes zones à différents moments ».

Les résultats montrent qu’avec un réchauffement non contrôlé, plus de 15 % des communautés biologiques – définies comme des regroupements de plusieurs espèces – dépasseraient leur seuil critique d’ici à 2100. Ce chiffre tombe à seulement 2 % dans le cadre d’un réchauffement compatible avec les accords de Paris. Toutefois, dans les deux cas, les écosystèmes présentant la plus grande diversité biologique sont fortement menacés. On pense entre autres aux récifs coralliens.

Limiter le changement climatique et sauver des espèces de l’extinction

récifs coralliens
Si rien n’est fait, les écosystèmes tropicaux – marins ou terrestres – franchiront un point de rupture avant le milieu du siècle. Crédits : Pixabay.

« Nos résultats soulignent le besoin urgent d’atténuer le changement climatique, en réduisant immédiatement et radicalement les émissions [de gaz à effet de serre]. Cela pourrait aider à sauver des milliers d’espèces de l’extinction » souligne Alex Pigot. « Le maintien du réchauffement en dessous de 2 ° C aplanit efficacement la courbe du risque pour la biodiversité, ce qui laisse plus de temps aux espèces et aux écosystèmes pour s’adapter. Que ce soit en trouvant de nouveaux habitats, en modifiant leur comportement, ou avec l’aide d’efforts de conservation menés par l’homme ».

Enfin, un dernier point est à noter. L’étude sous-estime probablement l’ampleur réelle de l’érosion attendue car elle ne prend pas en compte la survenue d’événements extrêmes. En effet, elle se base sur la température et la précipitation en moyenne annuelle. Or, les aléas météorologiques tendent à favoriser les franchissements de seuils et donc les bifurcations irréversibles. Et ce quand bien même les conditions reviendraient à des niveaux plus favorables par la suite.

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