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Le cas de cette femme qui brasse de l’alcool dans sa propre vessie

Crédits : jarmoluk/pixabay

Des médecins détaillent le premier cas connu d’une femme qui urine de l’alcool sans en avoir consommé. Sa vessie s’est transformée en une véritable micro-brasserie. Comment est-ce possible ?

Il y a quelques mois, des médecins de l’hôpital presbytérien du centre médical de l’Université de Pittsburgh (États-Unis) ont examiné le dossier d’une femme de 61 ans souffrant d’une cirrhose du foie et de diabète, deux maladies souvent associées à une forte consommation d’alcool. Une fois son dossier validé, elle devait être placée sur la liste d’attente en vue d’une future greffe hépatique.

En effectuant des tests, les médecins ont alors retrouvé d’importantes traces d’alcool dans son urine. Naturellement, ils ont donc refusé de la placer sur la liste d’attente, malgré le fait que la patiente niait fermement en avoir bu.

Invitée à suivre un nouveau programme pour lutter contre l’abus d’alcool, celle-ci dut passer à nouveau des tests quelques semaines plus tard. Et là encore, les chercheurs ont retrouvé de l’alcool dans son urine. Toutefois, ils se sont aperçus avec surprise qu’il n’y en avait pas dans le sang.

De la levure, et beaucoup de sucre

Perplexes, les médecins ont finalement décidé de regarder de plus près son urine. Ils ont alors découvert que la vessie de la femme présentait une souche de levure appelée Candida glabrata, un champignon étroitement lié à la levure de bière (Saccharomyces cerevisiae). En soi, la découverte n’est pas vraiment inhabituelle. En revanche, le diabète mal contrôlé de cette femme signifiait qu’elle avait beaucoup de sucre dans ses urines. Les médecins se sont alors demandé si la levure fermentait ce sucre pour produire de l’alcool.

Ils ont donc prélevé des échantillons d’urine qu’ils ont ensuite placés dans des boîtes de Pétri. Certains présentaient beaucoup de levure et d’autres quasiment pas. Au bout de quelques heures, ils se sont alors aperçus que la levure avait bel et bien produit de l’alcool.

Dans les échantillons les plus chargés en levure, le taux d’alcool était même passé de 40 à 800 mg/dL. “C’est une quantité extrême“, explique Kenichi Tamama pathologiste au centre médical de l’Université de Pittsburgh. À l’inverse, les échantillons d’urine contenant très peu de levure ont révélé une concentration d’alcool beaucoup moins élevée.

Pour produire de l’alcool, vous avez besoin de plusieurs choses : d’eau, de sucre, de levure et d’une absence d’oxygène qui permet la fermentation des sucres en éthanol. La vessie de cette femme, qui contenait  tous ces “ingrédients” nécessaires à la production d’alcool, s’est donc transformée en véritable micro-brasserie.

micro-brasserie
Crédits : Siburi/pixabay

Si les médecins ont été très surpris (c’est la première fois qu’un tel cas se présente), la patiente s’est de son côté retrouvée soulagée. En effet, les cliniciens pensaient au départ qu’elle n’avait pas été honnête en vue de sa future transplantation. Depuis, les médecins ont essayé d’améliorer son état avec un médicament antifongique, mais ça n’a pas fonctionné. Ils cherchent actuellement d’autres options de traitement.

On souligne également que ce cas est différent des autres rapports de “syndrome d’autobrasserie” publiés qui se réfèrent de leur côté à une fermentation intestinale. La situation est ici différente. L’alcool produit dans le système digestif pénètre en effet cette fois dans la circulation sanguine, ce qui peut entraîner des nausées et des vomissements, une perte de mémoire et même une perte de conscience.

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