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Le bleu de méthylène, nouveau composant des futures crèmes solaires ?

Crédits : asikkk / iStock

Alors que l’été approche, la question de l’achat de crème solaire se pose. Accessoire indispensable des vacances estivales, ce produit fait régulièrement l’objet de critiques et de recherches scientifiques. Aux États-Unis, des chercheurs testent une alternative plutôt surprenante : le bleu de méthylène.

Un filtre UV chimique inédit

La crème solaire reste le principal outil pour se protéger des UVA et UVB. Pourtant, l’archipel des Palaos est devenu le premier territoire au monde à interdire ce produit, une mesure qui prendra effet cette année. L’archipel faisant partie de la Micronésie a adopté cette loi en raison de la présence de deux produits jugés néfastes : l’oxybenzone et le méthoxycinnamate d’éthylhexyle. Rappelons que les substances telles que l’oxybenzone jouent le rôle de filtre UV chimique, absorbant une partie des UVA (320-440 nm) et des UVB (280-320 nm). Ceux-ci sont respectivement responsables d’un stress oxydatif à l’origine d’un vieillissement de la peau, de brûlures et autres impacts sur l’ADN.

Malgré cette protection efficace, l’oxybenzone est considéré comme étant un perturbateur endocrinien et une source d’allergies. Outre la question de la santé, celle de l’environnement est aussi prépondérante. La substance intoxique littéralement les écosystèmes marins, avec pour célèbres victimes les coraux. Dans une étude publiée dans la revue Scientific Reports le 28 mai 2021, des chercheurs de l’Université du Maryland (États-Unis) proposent un filtre UV chimique inédit, à savoir le bleu de méthylène.

Le bleu de méthylène (ou chlorure de méthylthioninium) est une substance ayant vu le jour pour la première fois en 1876, suite au travail du chimiste prussien Heinrich Caro. Il s’agit d’un dérivé de la phénothiazine, à la fois médicament et colorant. Or, son pouvoir antioxydant ainsi que sa structure moléculaire a donné l’idée aux chercheurs étasuniens de pratiquer des tests afin de savoir si la substance pouvait faire office de filtre UV chimique et remplacer l’oxybenzone.

Des conclusions pas encore définitives

Il faut savoir que cette équipe scientifique a déjà prouvé que bleu de méthylène pouvait activer les voies métaboliques permettant de réparer l’ADN. Dans la poursuite de leurs travaux, ils ont exposé des kératinocytes humains – cellules recouvrant la peau – à des doses croissantes d’UVB à la suite d’un traitement au bleu de méthylène. Selon les résultats, les cellules traitées ont subi moins de dégâts que celles non traitées. Par ailleurs, en comparant les capacités filtrantes du bleu de méthylène avec celles de l’oxybenzone, les scientifiques ont indiqué que le bleu de méthylène absorbait une gamme plus large d’UV. En effet, cette substance est capable de filtrer les UVB et les UVC de haute énergie.

Concernant la toxicité au niveau de l’environnement, les chercheurs ont procédé à d’autres tests en utilisant l’espèce de corail Xenai umbellata. Durant sept jours, ils ont observé l’état de santé de coraux, d’un côté exposés au bleu de méthylène et de l’autre à l’oxybenzone – à dose égale (1µM). Après l’expérience, les scientifiques ont observé une dégradation de la santé des coraux du côté oxybenzone mais pas du côté bleu de méthylène.

coraux bleu de méthylène
Crédits : Université du Maryland/Scientific Reports

Bien que cette expérience ne permette pas d’affirmer fermement la non-toxicité du bleu de méthylène, il se pourrait que cette substance soit pertinente en tant qu’alternative. Néanmoins, les chercheurs devront mener d’autres tests concernant l’environnement de manière plus large. Ainsi, le bleu de méthylène n’intégrera pas la fabrication des crèmes solaires avant que la Science ne donne davantage de certitudes.