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L’augmentation du nombre de parcs éoliens induirait un réchauffement significatif des températures de surface selon une nouvelle étude

Crédits : Wikimedia Commons

Selon une étude publiée ce 4 octobre dans la revue Joule, l’augmentation du nombre de parcs éoliens induirait une élévation significative des températures près de la surface, surtout visible en cours de nuit. Le papier se base sur l’observation et la modélisation des paramètres environnementaux à proximité des parcs éoliens installés aux États-Unis. Ces résultats n’ont pas vocation à ralentir la transition vers des énergies renouvelables, comme le précise l’auteur principal. Ils participent au contraire à l’évaluation des aspects positifs et négatifs propres à chaque mode de production énergétique, afin d’éclairer les décisions et projets futurs.

Pour limiter l’amplitude du réchauffement global autant que faire se peut, l’humanité doit transiter le plus rapidement possible vers une économie sobre en carbone – que l’on appelle aussi parfois de façon abusive une économie décarbonée. Cet objectif passe notamment par l’abandon total ou partiel des énergies fossiles – pétrole, gaz, charbon entre autres -, encore grandement utilisées à l’heure actuelle, au profit d’énergies alternatives. Ces dernières incluent par exemple les renouvelables, dont l’éolien et le solaire sont celles qui viennent le plus souvent à l’esprit.

L’éolien est souvent mis en avant, car c’est un moyen relativement peu coûteux et assez efficace pour produire de l’électricité. Toutefois, chaque type de production possède ses avantages et ses inconvénients. En ce qui concerne l’éolien, des chercheurs ont observé et modélisé les variables météorologiques autour des parcs installés aux États-Unis. Ils rapportent que ceux-ci conduisent globalement à un réchauffement local de l’air près de la surface. Cet effet est tout particulièrement perceptible la nuit. Ainsi, si la demande en électricité des États-Unis était totalement fournie par la production éolienne*, cela pourrait conduire à un réchauffement moyen et quasi-immédiat des températures de 0,24 °C à l’échelle du pays – et près du double dans les zones situées à proximité des systèmes éoliens. C’est une valeur significative, mais bien moins élevée que le réchauffement de plusieurs degrés attendu d’ici la fin du siècle en cas de poursuite du mode de production actuel. Cette modulation de l’environnement thermique aurait par ailleurs des répercussions sur la saison de croissance des végétaux, en raison de la diminution des nuits de gel et l’allongement subséquent de la période végétative.

Mais comment des éoliennes peuvent-elles mener à un réchauffement de l’air près de la surface ? En fait, contrairement aux énergies fossiles qui conduisent à une accumulation nette de chaleur dans l’ensemble du système climatique – via l’émission de gaz à effet de serre -, les éoliennes provoquent une simple redistribution de la température consécutive au brassage de l’air par les pales. L’air le plus proche de la surface, au pied de l’éolienne, a en effet tendance à être plus froid que celui situé à son sommet, surtout en cours de nuit où le sol se refroidit plus vite que l’air au-dessus. Le mouvement des pales induit un mélange entre ces deux niveaux, et augmente finalement la température près du sol – mais la refroidit en altitude. Bien qu’ayant des implications comme nous l’avons vu plus haut, cet effet local et sans production nette de chaleur n’a donc rien de comparable avec le réchauffement global provoqué par les rejets de gaz à effet de serre.

Toutefois, dans l’optique d’une économie décarbonée, l’analyse précise de l’impact environnemental lié aux différentes énergies alternatives permettra peut-être d’en privilégier certaines. Par exemple, choisir une perspective préférentiellement orientée vers le solaire plutôt que vers l’éolien – pour le même taux de production d’énergie, le solaire photovoltaïque a près de dix fois moins d’impact sur les variables climatiques que les systèmes éoliens. Ou alors, simplement modifier le fonctionnement des turbines associées à ces derniers, en privilégiant leur fonctionnement en cours de journée plutôt qu’en cours de nuit afin de minimiser l’effet sur la température.

En tout cas, il convient d’insister sur le fait que même si les énergies renouvelables auront sans nul doute des conséquences environnementales, cela n’est en aucun cas une raison pour continuer à utiliser massivement les combustibles fossiles (bien plus problématiques) ou à retarder voire rejeter la transition vers les énergies alternatives. À ce sujet, l’auteur principal de l’étude, Lee M. Miller, craint que ces résultats soient mal interprétés voire détournés par les négateurs du changement climatique ou dans l’intérêt des groupes industriels impliqués dans la production d’énergies carbonées. « Je n’ai aucun doute sur le fait que ces résultats seront mal interprétés », indique-t-il.

* Cela nécessiterait une production éolienne près de 16 fois supérieure à la production actuelle.

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