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L’augmentation des rejets de CFC-11 menace de ralentir le rétablissement de la couche d’ozone

Crédits : Wikimedia Commons.

De nouveaux travaux mettent en garde contre la hausse inattendue qui a récemment été observée dans les rejets de CFC-11. Plus précisément, la poursuite de ces derniers au rythme actuel risque de retarder le rétablissement de la couche d’ozone d’une à deux décennies. 

La dégradation de l’ozone stratosphérique due aux rejets de composés contenant du chlore ou du brome a été une préoccupation environnementale majeure en seconde partie du 20e siècle. Bien que l’appauvrissement en O3 ait été observé à toutes les latitudes, il a pris toute son ampleur en Antarctique lors du printemps austral. Le célèbre trou de la couche d’ozone. Un exemple fort de l’impact que pouvaient avoir les activités humaines sur l’atmosphère.

Le CFC-11 à contre-courant de la tendance générale 

Grâce au protocole de Montréal signé en 1987 et à ses amendements, les molécules en question ont progressivement été remplacées par d’autres moins néfastes pour l’ozone stratosphérique. Depuis lors, ce dernier a montré de signes de rétablissement. Aussi, les spécialistes ont estimé que le niveau moyen de 1980 serait à nouveau atteint en seconde partie du 21e siècle.

Toutefois, des mesures récentes indiquent qu’un hydrocarbure halogéné (le CFC-11) n’a pas subi la baisse escomptée. En effet, il est apparu une divergence entre l’évolution attendue dans le cadre du protocole de Montréal et l’évolution réelle. Une divergence qui n’a fait que s’accentuer au cours des années 2000.

L’origine de cet écart a été retracée à des émissions non déclarées en provenance de Chine. Elles sont actuellement évaluées à une dizaine de gigagrammes par an. Néanmoins, le taux de nouvelle production reste inconnu. Se pose donc la question de l’influence sur le rétablissement de la couche d’ozone.

Évolution de la taille du trou d’ozone (gauche) et du déficit massique d’ozone (droite). L’évolution passée est en jaune. De plus, les évolutions attendues sont en orange dans le cas d’un maintien des émissions de 2000, en rouge dans le cas où l’augmentation observée de CFC-11 est prise en compte mais stoppée d’ici 10 ans et en vert dans le cas où elle se poursuivait. Enfin, la courbe en rose indique l’évolution dans un cas idéalisé où toutes les substances néfastes pour l’O3 étaient régulées par le protocole de Montréal. Crédits : S. S. Dhomse & al. 2019.

Un retour à la normale potentiellement retardé de 20 ans

Dans une étude parue dans la revue Nature communications le 19 décembre dernier, des chercheurs se sont intéressés à la question. En utilisant un modèle de chimie et de transport atmosphérique, ils ont exploré différents scénarios d’émissions. Par ailleurs, diverses métriques ont été testées. Ceci afin de voir lesquelles s’avèrent les plus adaptées à caractériser l’état du trou d’ozone.

Dans le cas où les rejets de CFC-11 s’estompent d’ici à 10 ans, le retour à la normale de l’O3 est retardé de seulement quelques années. Plus précisément, d’environ 1 à 2 ans. À l’inverse, s’ils se poursuivent au rythme actuel, le retard s’élève à près de 20 ans. C’est ce que montre le graphique présenté ci-dessus pour deux paramètres clés.

Enfin, notons que d’autres substances non contrôlées par le protocole de Montréal continuent également d’être libérées dans l’atmosphère. C’est par exemple le cas du dichlorométhane (CH2Cl2). De fait, la prise en compte de l’ensemble de ces facteurs sera nécessaire pour mieux cerner la vitesse à laquelle l’ozone stratosphérique se rétablira. Ou, dit autrement, à anticiper du mieux possible toute mauvaise surprise.

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