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L’ascenseur spatial sera t-il un jour réalité ?

Crédits : Bricktop / Wikipédia

Il est des projets tellement ambitieux qu’ils sont voués à rester rangés au fond des placards de la science pendant longtemps. Parmi eux, peu sont aussi inaccessibles et colossaux que l’ascenseur spatial, encore appelé ascenseur orbital : comme son nom l’indique, il s’agit d’une structure capable de transporter hommes et matériel dans l’espace sans recourir à des fusées, à l’aide de cabines dansant sur un câble long d’au moins…40 000 kilomètres.  Son but ? Réduire drastiquement les coûts engendrés par l’utilisation  de fusées sur le long terme. Malgré les 120 ans qui nous séparent de l’énonciation du concept, et les progrès techniques fulgurants réalisés depuis, il semble que la conception d’un système aussi étendu et complexe ne soit pas pour demain.

Constantin Tsiolkovski. Le nom ne vous évoque peut-être rien, mais ce scientifique d’origine polonaise mort en 1935 est perçu comme le père de l’astronautique moderne. Aux premières lueurs du 20e siècle, il aborde en pionnier la question du voyage interplanétaire en définissant des paramètres largement exploités depuis : l’utilisation de propergol pour la combustion, la constitution d’étages amovibles pour les fusées, et le concept même de station spatiale sont le fruit des calculs et de l’imaginaire de Tsiolkovski.
Le théoricien fut en effet grandement inspiré par les oeuvres de Jules Verne et laissera derrière lui cette réplique fondamentale sur le devenir de l’Homme, comme un sacerdoce : « La Terre est le berceau de l’humanité, mais on ne passe pas sa vie entière dans un berceau. »
C’est en observant la tour Eiffel en 1895 que Tsiolkovski imagine une tour de 36 000 kilomètres de haut, équipée de monte-charges destinés à transporter du matériel en orbite.

Quand la science-fiction s’intéresse au passé

Il faudra attendre 1978 pour voir le concept de l’ascenseur spatial présenté au grand public… À travers un roman de science-fiction. L’auteur, un certain Arthur C. Clarke, décrit dans les fontaines du paradis une tour longue de 72 000 kilomètres reliant la terre à corps céleste faisant office de contrepoids. Clarke a par ailleurs bénéficié des conseils de Jerome Pearson, redécouvreur du concept d’ascenseur spatial en 1975. Dans ses travaux, celui-ci imagina non plus une tour, mais un câble d’une finesse extrême et d’une résistance phénoménale, attaché à un corps en orbite géosynchrone. La longueur était passée à 144 000 kilomètres. Toujours plus imposant, le projet fut une impasse technique immédiate.

Une chimère jusqu’en 2050 au moins

Qu’en est-il des avancées modernes ? Nous sommes aujourd’hui capables de créer des nanotubes de carbone, dont la résistance et la flexibilité excèdent celles de tous les matériaux existants. Ce qui reste encore très insuffisant pour absorber les quelque 63 gigapascals de tension que devrait subir l’élévateur orbital : imaginez un jeu de tir à la corde avec un câble de l’épaisseur d’une feuille de papier, et 100 000 personnes tirant de chaque côté. Si le matériau reste donc un obstacle majeur, c’est cependant loin d’être le seul et il faudrait compter sur les micrométéorites, les satellites artificiels et même l’atmosphère terrestre pour dégrader constamment l’intégrité de la machine… ce qui n’empêche pas les scientifiques de continuer à imaginer d’autres formes de conceptions. La Nasa a lancé un appel à projets en 2006, avec des résultats timides, et la branche de recherche du géant Google a mis sa propre exploration du sujet en sommeil cette année. La firme Japonaise Obayashi planche quant à elle sur la construction d’un ascenseur pour 2050. Il reste donc de nombreux efforts à faire pour faire de cette vision, déjà centenaire, une réalité.

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Crédits : Wikipédia

Sources : Slate, Journal du Geek, i09, futura-sciences, wikipédia