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Des lacs souterrains sur Mars ? Des chercheurs avancent une autre explication

La planète Mars. Crédits : ESA / DLR / FU Berlin / Justin Cowart

Des chercheurs suggèrent que les possibles plans d’eau liquide isolés sous la surface de Mars il y a quelques mois seraient en réalité des couches d’argiles. Répartis en plusieurs études, ces travaux ont été publiés dans les Geophysical Research Letters.

De l’eau liquide sur Mars ?

Il y a trois ans une équipe de chercheurs surprenait la communauté scientifique en supposant la présence d’un plan d’eau liquide enfoui sous la surface glacée du pôle sud martien. Ce plan d’eau large d’une vingtaine de kilomètres et pas très profond “ressemble à l’un des bassins interconnectés situés sous plusieurs kilomètres de glace au Groenland et en Antarctique“, détaillait à l’époque Martin Siegert, de l’Imperial College de Londres. L’année dernière, ces mêmes chercheurs ont également décrit la découverte de nouveaux plans d’eau possibles dans la même région.

Pour ces études, les chercheurs s’étaient appuyés sur les données d’un radar installé sur la sonde Mars Express (ESA) nommé MARSIS. Les signaux radar, qui peuvent pénétrer dans la roche et la glace, évoluent lorsqu’ils sont réfléchis par différents matériaux. Dans ce cas, ils auraient produit des signaux particulièrement brillants à environ 1,5 km sous la surface, suggérant qu’ils n’auraient pas pu traverser de l’eau liquide.

Si elle devait être validée, cette nouvelle découverte pourrait véritablement changer la donne dans le domaine de l’exobiologie. En effet, des lacs sous-glaciaires similaires sont connus pour abriter la vie microbienne sur notre planète. Cependant, un réexamen des données recueillies combiné à des analyses faites en laboratoire suggère une autre explication aux signaux enregistrés.

Tester des hypothèses

Peu de temps après la publication de l’étude en 2018, plusieurs dizaines de chercheurs se sont réunis pour la Conférence internationale sur la science et l’exploration polaires de Mars à Ushuaia. Ces réunions offrent l’occasion d’évoquer les dernières découvertes et de tester de nouvelles théories. Naturellement, de nombreuses discussions ont tourné autour de ces fameux lacs souterrains. Plusieurs scientifiques ont alors commencé à réfléchir à des moyens de tester l’hypothèse des lacs souterrains.

Une équipe de l’Arizona State University s’est notamment focalisée sur l’analyse de 44 000 échos radar enregistrés sur quinze ans par l’instrument MARSIS au niveau du pôle sud martien. Les chercheurs ont révélé plusieurs dizaines de “reflets brillants” comme ceux de l’étude de 2018. En revanche, beaucoup de ces signaux ont été isolés dans des zones proches de la surface. Or, il y fait trop froid pour que l’eau puisse rester à l’état liquide, et ce, même si vous la mélangez avec des perchlorates, une saumure couramment trouvée sur Mars qui permet d’abaisser la température de congélation de l’eau.

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L’emplacement supposé du lac sous-glaciaire découvert en 2018. Crédits : ESA/INAF/DAVIDE COERO BORGA

Des argiles, pas de l’eau

Deux autres équipes ont ensuite analysé ces signaux pour déterminer si une autre matière que l’eau liquide pouvait les produire. Très vite, les regards se sont tournés vers un groupe d’argiles appelées smectites formés par de l’eau liquide sur Mars il y a longtemps.

Les chercheurs ont alors testé leur hypothèse en laboratoire. Pour ce faire, ils ont placé des échantillons de smectite congelés à moins 50 °C dans un cylindre conçu pour mesurer comment les signaux radar interagiraient avec eux. Résultat, la réponse de ces matériaux correspondait quasi parfaitement aux observations radar de 2018. En s’appuyant sur les données du Mars Reconnaissance Orbiter (MRO), les chercheurs ont ensuite confirmé la présence de ces argiles à proximité du site des observations radar.

Ces nouveaux articles proposent donc une explication plus plausible aux observations enregistrées. Naturellement, le seul moyen d’en être sûr serait de se rendre sur place et de creuser profondément sous la glace. Mais pour l’heure, c’est impossible.