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L’acidification de l’océan Arctique (malheureusement) revue à la hausse

Image satellite du fleuve Mackenzie se jetant dans la Mer de Beaufort en transportant une grande quantité de sédiments. Crédits : NASA.

Selon une nouvelle étude, l’acidification de l’océan Arctique au cours du siècle sera plus importante que prévue. Par conséquent, l’adaptation de la vie marine s’annonce encore moins évidente qu’on ne pouvait le penser. Les résultats ont été publiés dans la revue Nature le 17 juin dernier. 

Environ 30 % du dioxyde de carbone (CO2) rejeté par les activités humaines est absorbé par l’océan. Ce processus limite de fait l’ampleur de la perturbation climatique liée aux émissions anthropiques de gaz à effet de serre. Toutefois, il provoque également une acidification de l’eau dont les effets délétères sur le vivant ne sont plus à démontrer.

Acidification des eaux : l’océan Arctique en ligne de mire 

En raison de ses faibles horizons de saturation en aragonite et calcite, l’Arctique est la zone la plus touchée par ce phénomène. Or, selon de nouveaux travaux, la quantité de CO2 absorbée par le bassin au cours du siècle s’annonce plus importante qu’on ne le pensait. Aussi, son acidification a été revue à la hausse – avec des implications fortes pour l’écosystème régional.

Jusqu’à présent, les modèles ont montré une divergence notable sur l’ampleur de la capture de CO2 par les eaux arctiques. En utilisant des données observationnelles, les scientifiques ont néanmoins pu montrer que les modélisations les plus réalistes étaient celles avec les absorptions les plus fortes. Elles correspondent à une capacité de formation d’eaux profondes plus élevée et associée à un transport accru de CO2 depuis la surface vers l’intérieur de l’océan.

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Thecosomata. Ordre de mollusques pélagiques, il possède une coquille à base de carbonate de calcium. Leur sensibilité à l’acidification des eaux en fait de bons marqueurs biologiques. Crédits : NOAA.

Une adaptation de moins en moins facile pour l’écosystème

Ainsi, en tenant compte du biais de certains modèles, il a été possible de réduire l’incertitude sur les projections futures. Le scénario moyen se retrouve désormais au-dessus de sa valeur médiane avant correction du biais. Plus précisément, la capture de carbone a été revue à la hausse d’environ 20 %. « Nos résultats suggèrent qu’il sera plus difficile que prévu pour les organismes arctiques de s’adapter à l’acidification de l’océan » souligne Lester Kwiatkowski, un des co-auteurs du papier.

« Cela conduit à une acidification considérablement renforcée, en particulier entre 200 et 1000 mètres de profondeur » détaille Jens Terhaar, auteur principal de l’étude. « Cette plage de profondeur est une zone refuge importante pour de nombreux organismes marins ».

On rappellera qu’une eau plus acide affecte essentiellement les organismes calcifiants. En effet, ces derniers finissent par ne plus être capables de former leur squelette calcaire. C’est par exemple le cas des coraux, des mollusques, des oursins ou encore des étoiles de mer. En bout de course, c’est tout le réseau trophique marin qui finit par être affecté. En Arctique, le vivant doit en outre faire face à un réchauffement deux fois plus rapide que la moyenne mondiale. Récemment, on enregistrait à ce titre une température de 38 °C au-delà du cercle polaire. Un record.

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