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La zone intertropicale sera-t-elle inhabitable d’ici quelques décennies ?

Crédits : Freepik.

Si le réchauffement global venait à dépasser les 1,5 °C, une fraction notable de la zone intertropicale serait sujette à des chaleurs excédant le seuil d’adaptabilité humaine. C’est en tout cas ce qu’indique une nouvelle étude. Des résultats signifiants qui rappellent qu’un dixième de degré au global peut faire une grande différence au niveau des territoires. Les résultats ont été publiés dans la revue Nature Geoscience ce 8 mars.

Le concept d’injustice climatique tient à ce que les pays les plus affectés par le réchauffement sont ceux qui ont le moins participé aux émissions de gaz à effet de serre (GES). Autrement dit, malgré une responsabilité historique limitée, ils se trouvent parmi les plus affectés. Inversement, les pays qui ont émis la majorité des GES au cours du dernier siècle sont relativement peu touchés. Notons qu’on ne considère pas ici l’augmentation de la température en tant que telle, mais ses implications socio-économiques, environnementales et sanitaires.

Cette inégalité entre les pays développés du nord et ceux de la bande intertropicale – dits du sud – est structurelle. En effet, elle tient à la configuration du système climatique qui fait de la zone tropicale un monde plus violent : ouragans, épisodes de chaleur létale, grandes sécheresses, pluies intenses, etc. Incidemment, il n’est pas fortuit que les pays situés dans cette bande de latitudes soient globalement moins développés et, de fait, plus vulnérables. L’objectif des 1,5 °C évoqué dans les Accords de Paris est précisément lié à ce type de considérations.

Une chaleur aux limites de la tolérance humaine en zone intertropicale

Une nouvelle étude illustre à quel point maintenir ou non le réchauffement à 1,5 °C peut faire toute la différence. En particulier, dans les régions tropicales déjà soumises à un haut niveau de chaleur. Les auteurs se sont intéressés à ce que l’on appelle la température du thermomètre mouillé (notée Tw). Il s’agit d’un paramètre qui tient à la fois compte de la température et de l’humidité de l’air. Très utilisée en bioclimatologie, elle permet par exemple de savoir quand une chaleur se rapproche du seuil de tolérance pour l’Homme.

Évolution de la température globale depuis 12 000 ans (haut) et 2000 ans (bas). Notez le pic récent, montrant la brutalité du changement en cours. Crédits : PAGES 2k Network.

« L’idée générale est que le corps ne réagit pas seulement à la température, il répond à l’humidité », note Kristina Dahl, climatologue n’ayant pas participé à l’étude. « Le corps se refroidit principalement par la transpiration et l’évaporation de la sueur sur la peau. À un certain niveau de chaleur-humidité, cela devient “thermodynamiquement difficile” pour que cela se produise ».

Cette limite définit le seuil de tolérance biologique à partir duquel les conditions de chaleur deviennent létales. Pour l’Homme il se situe autour de 34 °C à 35 °C de Tw. À partir de ce niveau, l’organisme n’est plus capable de réguler sa température et toute personne exposée à l’air extérieur met sa vie en danger. Et pour cause, l’incapacité à refroidir la peau par évaporation mène très rapidement à un état d’hyperthermie. Alors que la sueur perle à grosses gouttes, aucune baisse de température ne parvient à se produire. Ainsi, sans intervention urgente, l’issue est rapidement fatale.

Réchauffement global : chaque dixième de degré compte

En utilisant un ensemble de simulations climatiques, les chercheurs ont trouvé qu’un réchauffement global limité à 1,5 °C permettrait à la plupart des pays de la zone intertropicale d’éviter de subir des températures insupportables. La zone d’étude s’étend de 20° N à 20° S et comprend l’Amazonie, une large partie de l’Afrique, l’Inde ainsi que l’Asie du sud-est. Dans le cas contraire, les épisodes de chaleur létale se généraliseraient et iraient jusqu’à remettre en question l’habitabilité de certaines aires géographiques.

zone intertropicale
Le réchauffement tropical moyen dans un monde à 1,5 °C est indiqué par un trait noir. La fraction (axe vertical) de la surface des tropiques concernée par un réchauffement donné (axe horizontal) est montré en bleu (pour la Tw maximale) et rouge (pour la T maximale). Crédits : Yi Zhang & al. 2021.

Toutefois, l’auteure principale Yi Zhang rappelle qu’une chaleur située sous le niveau d’adaptabilité humaine a également des impacts forts sur la santé des personnes. Un réchauffement de 1,5 °C est donc déjà un changement difficile pour la plupart des pays intertropicaux. Une façon parmi bien d’autres de montrer que chaque dixième de degré compte. « Les résultats traduisent un objectif politique en un impact potentiel sur le monde réel », souligne Kristina Dahl. Enfin, de telles perspectives soulèvent évidemment la question des potentielles migrations de masse qui en découleraient.

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