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La vague de chaleur observée en Sibérie « quasiment impossible » sans le réchauffement climatique

Incendies en Sibérie le 30 juin 2020. Crédits : Copernicus EU / Sentinel-2, Antonio Vecoli.

Selon une étude d’attribution menée par le World Weather Attribution (WWA), les conditions anormalement chaudes observées en Sibérie ont été rendues au moins 600 fois plus probables par le réchauffement climatique. Les détails des travaux sont disponibles sur le site du WWA.

Dans de précédents articles, nous évoquions les incendies et les températures records récemment observés en Russie. En particulier, au niveau de la Sibérie. Ces conditions anormalement chaudes persistent en fait depuis le début de l’année. De temps à autre, des intermèdes plus frais parviennent tout de même à s’imposer – l’atmosphère étant un fluide très mobile. Quoi qu’il en soit, le bilan dans la zone reste à des excès chauds dominants et très prononcés.

Une fréquence de retour naturelle estimée à 80 000 ans

Or, une étude d’attribution publiée le 15 juillet dernier montre que cette anomalie chaude sibérienne (définie sur janvier-juin 2020) aurait été quasiment impossible sans la présence du réchauffement climatique causé par l’Homme. En effet, les résultats indiquent qu’un tel événement ne surviendrait naturellement qu’une fois tous les 80 000 ans ou plus.

Sibérie réchauffement climatique
Anomalie de température moyenne entre janvier et juin 2020 par rapport à la normale 1981-2010. Les données utilisées sont issues d’un produit de réanalyse (ERA5). En outre, la zone étudiée a été encadrée. L’anomalie moyenne s’y élève à 5 °C. Crédits : World Weather Attribution.

Avec une température globale déjà augmentée de 1 °C par les émissions anthropiques de gaz à effet de serre (GES), ce risque d’occurrence a été multiplié par plus de 600. Néanmoins, même dans le climat actuel, la probabilité de survenue du phénomène reste très faible. Plus précisément, elle est inférieure à 1 par siècle. Mais dans le cas où les rejets de GES venaient à se poursuivre au rythme actuel, ce chiffre s’élèverait rapidement.

Réchauffement climatique et distorsion des statistiques

« Dans de nombreuses études précédentes, nous avons vu les vagues de chaleur devenir plus chaudes et plus fréquentes dans le monde, conformément à notre compréhension scientifique » note le rapport du WWA. « Dans des endroits comme la Sibérie, un climat plus chaud peut avoir des effets dévastateurs, pas seulement sur la faune locale et les personnes qui vivent là-bas, mais aussi sur le système climatique dans son ensemble. Par exemple en dégelant le pergélisol, en réduisant la couverture neigeuse ou en faisant fondre la glace ».

incendies
Vue satellite d’incendies en République de Sakha ce 9 juillet. Les températures élevées et la sécheresse des sols favorisent la propagation des feux. Crédits : Sentinelhub / Pierre Markuse.

Aussi, précisons que c’est bien la dynamique atmosphérique qui joue un rôle prépondérant dans la survenue de ce type d’événements. Dans cette optique, le changement climatique n’est donc pas l’élément essentiel permettant d’expliquer le phénomène. Toutefois, la distorsion des statistiques qu’il induit favorise les séries de chaleur anormale un peu partout sur la planète. Les scientifiques ne sont donc pas surpris de voir une multiplication des phénomènes de fortes températures. Il est par contre plus frappant de situer le degré avec lequel le réchauffement amplifie et/ou favorise un événement particulier.

« Cette étude montre à nouveau à quel point le changement climatique change la donne en ce qui concerne les vagues de chaleur. Étant donné qu’elles sont de loin l’événement météorologique extrême le plus meurtrier dans la plupart des régions du monde, elles doivent être prises très au sérieux » souligne Friederike Otto, co-directeur du WWA. « La fréquence croissante de ces événements de chaleur extrême peut être modérée en réduisant les émissions de gaz à effet de serre » rappelle quant à lui Andrew Ciavarella, auteur principal de l’étude.

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