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La triste histoire de Joseph Carey Merrick, « The Elephant Man »

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Gravures de portraits de buste de Merrick, publiées dans le British Medical Journal en 1886. Crédit : Everett Collection

Joseph Carey Merrick vécut en Angleterre pendant l’ère victorienne. Connu en raison de la difformité extrême de son corps, il fut présenté comme un phénomène de foire sous le surnom d’Elephant Man. Son cas fit l’objet de nombreuses fictions, mais quelle est sa véritable histoire ?

Joseph Carey Merrick naît en 1862 dans un bidonville. Dès l’âge de deux ans, il commence à développer des gonflements autour de sa bouche. Très vite, ces excroissances se propagent sur les joues et le front du jeune enfant. À l’âge de cinq ans, sa peau devient lâche et rugueuse. Pour ne rien arranger, il fait une chute brutale, endommageant sa hanche gauche. La blessure s’infecte, laissant cet enfant déjà difforme handicapé.

Vers l’âge de huit ans, son jeune frère décède, suivi de sa mère trois ans plus tard. La mort de cette dernière, source de toute la chaleur et du confort qu’il ait jamais connus, fut « le plus grand malheur de [sa] vie », écrira Merrick plus tard.

Son père se remarie peu de temps après, mais ni lui ni la belle-mère de Joseph ne lui montre beaucoup d’affection. Il se souviendra plus tard avoir été « raillé » si sévèrement par sa belle-mère qu’il préférait errer dans la rue le ventre vide plutôt que de rentrer à l’heure des repas.

Premiers jobs

À l’âge de 13 ans, Merrick quitte l’école et prend un emploi dans une fabrique de cigares. Mais son état empire et, très vite, il n’a plus la dextérité manuelle nécessaire pour le travail. Il obtient ensuite un autre emploi et se met à vendre des articles de mercerie en porte-à-porte, mais les difformités de son visage entravent son élocution et rebutent la plupart des clients.

Vers l’âge de 15 ans, après une journée de vente particulièrement médiocre, son père le bat si violemment qu’il quitte définitivement la maison. Il est désormais sans-abri et, peu de temps après, sa licence de vente est révoquée. Les autorités locales considèrent alors son apparence comme une « nuisance publique » et, en 1879, il est admis au Leicester Union Workhouse, un hospice municipal qui s’apparente plus à une prison qu’à une organisation caritative.

Malgré son handicap, Joseph est considéré comme apte au travail. Au cours des années suivantes, il effectuera des tâches répétitives et ennuyeuses, avant de finalement trouver un moyen de s’échapper. Dans un mouvement de carrière typiquement victorien, il décide alors de rejoindre un « Freak Show » itinérant, avant de traîner de ville en ville, exhibant son corps au public une douzaine de fois par jour comme une bête de foire.

C’est au cours de cette période (plutôt courte de sa vie, ne durant qu’un an ou deux) que le jeune Merrick sera baptisé « The Elephant Man ». Quelque temps plus tard, il se retrouvera à l’hôpital de Londres, où il restera jusqu’à sa mort en 1890.

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Gravures publiées dans le British Medical Journal en 1886. Crédits : Everett Collection

De quoi souffrait-il ?

Entre-temps, The Elephant Man aura été examiné par de nombreux médecins, dont le chirurgien Frederick Treves, qui fera son autopsie pour chercher à connaître les causes des difformités dont il souffrait.

La première explication de l’apparence changeante de Joseph Merrick est celle qui, aujourd’hui, semble presque médiévale dans son raisonnement : ce serait parce que sa mère aurait été frappée par un éléphant alors qu’elle était enceinte.

Le jeune Merrick croyait lui-même à cette idée, probablement parce que sa mère (poussée par un éléphant lors d’un cortège d’animaux de cirque) y croyait également. Le concept « d’impression maternelle », selon lequel des expériences physiques ou mentales traumatisantes pendant la grossesse pourraient affecter un foetus en croissance, était déjà populaire à l’époque. Une femme blessée par un éléphant donnant naissance à un enfant victime de malformations en forme de tronc avec une peau grise aurait donc eu du sens dans cette vision du monde.

De nos jours, nous savons qu’un traumatisme maternel pendant la grossesse peut effectivement produire des changements chez le bébé en développement, mais pas à ce point.

Par la suite, la cause communément admise fut que Joseph Merrick souffrait de neurofibromatose de type I, une maladie neurologique affectant les tissus et les os. Des recherches génétiques faites à partir de ses ossements ont ensuite établi qu’il souffrait probablement du syndrome de Protée, une maladie génétique affectant la croissance des tissus. Cependant, et cela peut sembler étrange compte tenu de la quantité de détails que nous avons sur sa vie, mais ses causes interrogent toujours certains cliniciens.

Par ailleurs, malgré toutes ces excroissances, The Elephant Man était en assez bonne santé. Son bras et sa main gauche étaient normaux. Il était également physiquement fort et mentalement vif.

Quand et comment Joseph Merrick est-il mort ?

L’état de Merrick s’est progressivement détérioré au cours de ses quatre années à l’hôpital de Londres. Il décède le 11 avril 1890 à l’âge de 27 ans des suites d’une suffocation accidentelle probablement causée par la pression due à ses difformités.

D’après l’autopsie, Merrick serait en effet mort avec un cou disloqué, qui avait très probablement sectionné les artères de ses vertèbres. Selon son médecin, le jeune homme a probablement essayé de dormir allongé, ce que son énorme tête avait toujours rendu impossible. Pour dormir, il devait en effet rester assis dans son lit, le dos soutenu par des oreillers, ses genoux relevés et ses bras enserrés autour de ses jambes, tandis que sa tête reposait sur la pointe de ses genoux pliés.

« Il m’a souvent dit qu’il aimerait pouvoir s’allonger pour dormir comme tout le monde« , écrira son médecin. « Je pense que cette nuit-là, il a dû, avec une certaine détermination, avoir fait l’expérience. Une fois posée sur son oreiller, sa tête a dû tomber en arrière et provoquer une luxation du cou« .

Ainsi, il semblerait que le désir qui avait dominé sa vie (celui, sans espoir, d’être « comme les autres« ) ait finalement eu raison du jeune homme.