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La Terre est à bout de souffle

Crédits : skeeze / Pixabay

Si l’impact néfaste de l’activité humaine sur la Terre n’est pas nouveau, c’est la première fois que des chercheurs mesurent l’ampleur des dégâts. Ils ont ainsi déterminé plusieurs limites, au-delà desquelles la planète pourrait devenir beaucoup moins hospitalière pour les sociétés humaines. Parmi elles, quatre ont déjà été franchies.

Réchauffement climatique, dégradation de la biodiversité et des sols : ces phénomènes, s’ils venaient à s’intensifier, auraient de graves conséquences pour l’humanité. À tel point qu’en 2009, une étude publiée dans Nature définit pour la première fois des « limites planétaires » à ne pas dépasser, sous peine de modifier irrémédiablement  l’équilibre terrestre. Dans un nouvel article, publié le 15 janvier dernier dans Science, la même équipe réactualise ces seuils critiques, au terme de cinq ans de recherche. Le constat est alarmant : sur les neuf limites identifiées, quatre au moins ont été enfreintes.

Un climat et une biodiversité à la dérive

Selon les chercheurs, deux limites principales ont été franchies : celles des changements climatiques et des atteintes à l’intégrité de la biodiversité. « À eux seuls, ces deux phénomènes pourraient modifier l’état de l’écosystème terrestre », estiment-ils.

Pour mesurer l’ampleur du changement climatique, les auteurs se sont intéressés à la concentration atmosphérique en CO2, l’un des principaux gaz à effet de serre. Le résultat est sans appel : alors que cette concentration ne devrait pas dépasser la limite de 350 ppm (parties par million) elle s’élève à 400 ppm et est en hausse depuis l’étude de 2009. De quoi expliquer l’augmentation des sécheresses ou des précipitations dans certaines régions du monde, mais aussi la fonte de la banquise des pôles. « Au-delà des 450 ppm, nous pensons avec un bon niveau de confiance que les impacts toucheront l’ensemble du globe », explique Will Steffen, premier auteur de l’étude, cité par Le Monde.

Les chiffres qui concernent l’atteinte à la biodiversité sont plus inquiétants encore. L’extinction d’espèces, animales et végétales, est 10 à 100 fois plus élevée que ce qu’elle devrait être pour ne pas affecter la prospérité des sociétés humaines. Ce chiffre traduit la dégradation des écosystèmes, mais aussi l’incapacité des espèces à s’adapter et à évoluer dans leur nouvel environnement, modifié par l’Homme.

Une déforestation et une agriculture qui épuisent les sols

Les deux autres limites transgressées sont étroitement liées à la perte de la biodiversité. Il s’agit de la destruction des forêts et de la perturbation des éléments chimiques du sol par les engrais.

Les chercheurs estiment qu’il faudrait laisser au minimum 75 % des terres forestières mondiales intactes. Ces milieux, en particulier les forêts tropicales « régulent directement le climat, en particulier grâce aux échanges d’énergie et d’eau entre eux et l’atmosphère », expliquent les auteurs. Or, la part réelle des forêts laissée intacte dépasse à peine les 60 %.

Autre victime, la fertilité des sols, menacée par l’agriculture intensive. L’une des causes est l’utilisation massive d’engrais à base d’azote et de phosphore. Ces pratiques bouleversent les cycles naturels de ces deux éléments chimiques, essentiels à la bonne santé des sols. Et les excédents finissent vite dans les cours d’eau et les océans, perturbant les écosystèmes aquatiques.

Si les autres limites n’ont pas encore été dépassées, certaines, comme l’acidification des océans s’approchent dangereusement de la ligne rouge. D’autres n’ont pu être étudiées, faute de travaux scientifiques, et leur impact demeure inconnu, comme c’est le cas pour la pollution chimique. Cependant, Will Steffen et ses collègues soulignent le fait que « la Terre est un système unique et complexe, dans lequel chaque limite est dépendante des autres ». Il y a donc fort à parier que si rien n’est fait, les seuils restants seront dépassés, bouleversant la vie terrestre.