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La sécheresse des derniers étés est sans précédent depuis au moins 2 millénaires

Anomalie du contenu en eau des sols en juin 2020. Crédit : NASA.

Ces dernières années, l’Europe continentale a connu une série d’étés marqués par une chaleur et une sécheresse exceptionnelles. Aussi, depuis 2014-2015, la saison chaude semble avoir basculé vers un mode plus caractéristique des latitudes subtropicales que tempérées. De nouveaux travaux révèlent désormais que cet enchaînement d’épisodes secs est d’une ampleur sans précédent depuis au moins 2000 ans. Les résultats ont été publiés dans la revue Nature Geoscience ce 15 mars. 

Pour arriver à ces conclusions, les chercheurs ont analysé les isotopes de carbone et d’oxygène préservés dans le bois de chênes européens. Une méthode plus fine que la simple évaluation de l’épaisseur ou de la densité des cernes. «  Alors que les valeurs de carbone dépendent de l’activité photosynthétique, les valeurs d’oxygène sont affectées par la ressource en eau » précise Paolo Cherubin, coauteur du papier. « Ensemble, ils sont étroitement corrélés aux conditions présentes lors de la saison de croissance ».

Au total, plus de 27 000 échantillons de bois d’arbres vivants ou transformés – par exemple, sur des sites archéologiques – ont été pris en compte. Les données obtenues ont permis de produire une reconstruction de la variabilité hydro-climatique en Europe centrale sur les derniers 2110 ans. Il s’agit de la série la plus précise et étendue jamais acquise en la matière. Elle révèle avec une résolution sans précédent les particularités du climat estival depuis l’époque romaine jusqu’à nos jours.

Une série d’étés inédite dans le contexte des 2000 dernières années

Et les résultats sont saisissants. En effet, ils montrent que si la région expérimente une tendance à l’assèchement depuis 2 millénaires, les derniers étés sont d’une sévérité sans précédent. Les données permettent également de repérer les années qui ont connu des saisons chaudes particulièrement humides ou sèches par le passé. Citons parmi d’autres l’an 200, 720 ou 1100 très arrosés et l’an 590, 950 ou 1510 au contraire très secs.

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Variations de l’indice de sécheresse développé par les chercheurs entre l’an -75 et 2018. Plus les valeurs sont hautes, plus les conditions sont humides – et inversement. En outre, différentes périodes historiques sont indiquées. Crédits : Jan Esper/Ulf Büntgen & al. 2021.

« Nous sommes tous conscients du groupe d’étés exceptionnellement chauds et secs que nous avons eu ces dernières années, mais nous avions besoin de reconstructions précises des conditions historiques pour voir comment ces extrêmes récents se comparent aux années du passé », souligne Ulf Büntgen, auteur principal de l’étude. « Nos résultats montrent que ce que nous avons vécu au cours des cinq derniers étés est extraordinaire pour l’Europe centrale en termes d’années de sécheresse consécutives ».

Ces sécheresses, couplées à des chaleurs records, ont sans surprise eu des impacts environnementaux et un coup économique énormes. Or, si l’on en croit les projections climatiques et les hypothèses formulées par la présente étude, la présence d’évènements similaires ira en grandissant avec le réchauffement global. Ce qui ne veut pas dire que des années – ou séries d’années – plus humides ne pourront pas venir ponctuer cette évolution générale. On rappelle en effet qu’en climat plus chaud le cycle de l’eau s’accélère et menace dans les deux dimensions : à la fois sèche et humide. En somme, un monde caractérisé par plus d’extrêmes.

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