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La saison des ouragans 2020 s’annonce plus active que la moyenne

L'oeil de l'ouragan Florence. Alexander Gerst / Agence spatiale européenne / Twitter

Si l’on s’en tient aux dernières projections, la saison cyclonique de 2020 s’annonce plus active que la normale dans le bassin nord-atlantique. Bien que les résultats soient à prendre avec du recul, ils ne rassurent pas à l’heure où les États se trouvent déjà déstabilisés par la pandémie mondiale de coronavirus.

Dans l’Atlantique nord, la saison des ouragans s’étend officiellement du 1er juin au 30 novembre. Bien que des système tropicaux se forment parfois en dehors de cet intervalle calendaire, c’est à cette période de l’année que l’on observe l’essentiel de l’activité cyclonique. Une réalité illustrée par la figure présentée ci-dessous.

saison des ouragans
Répartition des ouragans (rouge), ouragans majeurs (rouge foncé) et de la totalité des systèmes tropicaux (beige) dans l’année. L’échantillon utilisé pour ce graphique comporte les années de 1906 à 2006. Les lignes en pointillés encadrent la période du 1er juin au 30 novembre. Crédits : Wossenu Abtew & al. 2008.

Vers une saison des ouragans 2020 active

Selon les dernières projections probabilistes de l’Université d’État du Colorado (CSU), la saison 2020 s’annonce plus vigoureuse que la normale. En effet, le groupe de scientifiques évoque une année marquée par 16 tempêtes tropicales et 8 ouragans, dont 4 majeurs. Par ouragan majeur, on désigne un tourbillon de catégorie 3 à 5 sur l’échelle de Saffir-Simpson. Des chiffres à mettre en perspective avec la normale 1981-2010 et qui s’élèvent à 12,1 tempêtes tropicales et 6,4 ouragans, dont 2,7 majeurs.

L’Université d’État de Caroline du Nord ainsi que la Weather Company avancent quant à elles des valeurs un peu plus élevées – 18 à 22 tempêtes et 8 à 11 ouragans, dont 3 à 5 majeurs. Enfin, selon la CSU, la probabilité de voir des ouragans toucher terre le long des côtes ouest-atlantiques est environ 15 % supérieure à la normale. Toutefois, à l’heure actuelle, ces projections doivent être prises avec un certain recul – la prévisibilité étant limitée par l’état très particulier du système climatique au moment du printemps boréal.

Prévision de l’activité cyclonique atlantique par la CSU et la Weather Company. Sont également donnés la moyenne 1981-2010 (arrondie) et les chiffres de l’an dernier. Crédits : The Weather Channel.

Nina et températures du bassin nord-atlantique

Les projections d’une saison plus active que la normale reposent sur des méthodes statistico-dynamiques complexes faisant usage d’indicateurs physiques régionaux ou globaux. On peut retenir a minima deux facteurs dont les experts pensent qu’ils joueront un rôle aggravant pour la saison 2020.

L’un est la transition vers une probable Nina – la petite sœur d’El nino – d’ici l’automne prochain. Laquelle favorise un cisaillement vertical du vent plus faible dans l’Atlantique tropical. Or, un profil de vent plus homogène sur la verticale est un élément favorable à la croissance et la longévité des cyclones.

L’autre est la température anormalement élevée du bassin nord-atlantique. En particulier, sur une bande s’étirant depuis la région du Cap-Vert jusqu’au Golfe du Mexique, secteur où la température de l’eau se situe à des niveaux records. Un excès d’énergie capable de majorer la virulence des perturbations cycloniques qui viendraient à en tirer parti.

Anomalie de température de surface de la mer sur les 30 derniers jours. Plus précisément, les écarts sont relatifs à la période 1981-2010. Crédits : NOAA/PSL.

Une mauvaise nouvelle en période de pandémie mondiale

Avec la pandémie de Covid-19, les prévisions évoquées ne sont pas très rassurantes. Ainsi que l’explique Brian Koon, directeur de la Florida Division of Emergency Management, « les responsables ont exprimé leurs préoccupations au sujet de la saison des ouragans 2020 (…), car les évacuations seraient considérablement entravées en raison de la crainte de contracter le virus. Et les règles de distanciation sociale seraient enfreintes lors de l’aide aux zones touchées par un ouragan ».

Il poursuit, « au cours d’une année normale, les prévisions d’une saison des ouragans atlantique supérieure à la moyenne enclenchent une vague de planification en cas de catastrophe. Mais la pandémie de coronavirus a émoussé l’impact de ces sombres prédictions. (…) Cette année, il est probable qu’un ouragan frappe au milieu de la pandémie ».

Aussi, le directeur de l’agence souligne que la crise sanitaire liée au coronavirus n’a pas permis d’opérer les efforts de planifications attendus selon la procédure standard. Ce qui laisse un point d’interrogation sur la question de la capacité qu’auront les pays exposés à gérer une frappe cyclonique en ces temps troublés.

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