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La surexploitation des métaux et terres rares risque-t-elle de ralentir notre développement ?

Mine Bingham Canyon, Etats-Unis - Crédits : Google Maps

Les métaux critiques et les terres rares sont les matières premières dont nous avons besoin aujourd’hui pour innover, et notamment pour fabriquer des produits high-tech, du téléphone mobile à la voiture électrique en passant par l’éolienne. Notre course à l’innovation pèse sur les ressources mondiales en métaux et en terres rares, entre autres ressources naturelles comme l’eau ou la biodiversité. Ce problème pourrait bien représenter un risque pour le développement de notre civilisation.

Combien de temps pourrons-nous encore extraire des métaux et terres rares ?

D’après Christian Thomas, le fondateur de Terra Nova Développement, les équipements électroniques consomment, entre autres, 60% du tantale et de l’indium, 35% de l’étain et du cobalt, 20% du lithium, notamment pour les batteries li-ion, 10% des terres rares et 7% du cuivre produits dans le monde”.

Par exemple, les éoliennes, les moteurs électriques pour automobiles ou les ordinateurs contiennent des aimants permanents qui nécessitent des métaux et/ou des terres rares. Un disque dur de 500 g contient un aimant de 15 g dont environ 4,5 g de terres rares. Les circuits et les composants électroniques ainsi que le verre des écrans tactiles comportent de l’indium, comme la majorité des écrans plats. L’indium est une terre rare qui pourrait manquer d’ici 2030 si rien n’est fait pour améliorer son recyclage.

mine de tantale (coltan) Capture vidéo Cash investigation france 2 - Les secrets inavouables de nos téléphones portables
mine de tantale (coltan) Capture vidéo Cash investigation france 2 – Les secrets inavouables de nos téléphones portables

Selon l’International Copper Study Group, la production métallurgique de cuivre (23 millions de tonnes pour 4 millions de tonnes recyclées), ne répond pas à la demande (23,5 Mt). Le prix du nickel risque quant à lui de s’envoler puisqu’il ne resterait que 35 ans avant d’en avoir épuisé toutes les ressources.

De même, trois types de terres rares, entre autres, le praséodyme, le néodyme et le dysprosium, utilisées dans les aimants permanents des moteurs électriques et autres appareils électroniques, pourraient venir à manquer dans les prochaines années.

Le recyclage des métaux et des terres rares, une nécessité absolue

Même si certains industriels ont choisi de se passer de certains métaux considérés comme rares, comme Enercon pour ses éoliennes terrestres, certains efforts restent à faire, notamment sur le plan de la gestion et du recyclage des déchets électroniques.

Par exemple, les entreprises high tech peuvent utiliser des outils collaboratifs, comme la plate-forme d’ingénierie DXP d’Altium, afin de limiter les déchets industriels liés à l’ingénierie et la conception de produits électroniques.

La criticité des métaux et terres rares tient également compte de l’efficacité de la filière de recyclage. Alors que plus de la moitié de l’aluminium mondial est recyclée, moins de 1% des terres rares l’est.

lithium mine toxic lake
Crédits : google earth – freetibet.org

Le taux de recyclage du cuivre est élevé (36%), mais “même en le recyclant à 100%, le cuivre secondaire ne pourrait pas satisfaire plus de 37,4% de la demande vu le taux de croissance des 55 dernières années”, explique Jean-François Labbé, du BRGM.

En juin 2018 au World materials forum (WMF) à Nancy, une évaluation présentait six métaux affichant les plus hauts indices de criticité.

  • Le cobalt. Selon le WMF, dans 10 ans, il ne restera que 25 ans de réserves de cobalt “si elles ne sont pas renouvelées.” Plus des deux tiers du cobalt extrait servira à fabriquer les batteries, dont le taux de recyclage est faible dans le monde. Comme le tantale, le cobalt est produit à plus de 60% en Afrique centrale.
  • Le tungstène : il resterait 37 ans de réserves et les prix sont contrôlés par la Chine, pays producteur principal.
  • L’étain : 17 ans de réserves. Les prix sont contrôlés par l’Indonésie, la Birmanie et la Chine. Seulement un tiers de l’étain est recyclé sur 300 000 tonnes produites annuellement (emballage, construction, soudures des composants électroniques). L’étain serait le métal le plus indispensable à la croissance des technologies du futur selon une récente étude du MIT.
  • Le cuivre : 30 à 40 ans de réserves.
  • Le nickel : 35 ans de réserves.
  • Le zinc : 13 millions de tonnes produites par an. A ce rythme là, il ne reste que 15 ans de réserves d’après le site Planetoscope.
mine de tantale (coltan) Capture vidéo Cash investigation france 2 - Les secrets inavouables de nos téléphones portables
mine de tantale (coltan) Capture vidéo Cash investigation france 2 – Les secrets inavouables de nos téléphones portables

Mais les conséquences de cette avidité pour les terres rares pèsent surtout sur la vie de ceux qui creusent pour aller les chercher, dans des mines du Congo “démocratique”, à 30 mètres de profondeur, avec quelques planches de bois comme soutien.

Comme vous le verrez dans ce reportage, les journalistes de Cash Investigation ont pu constater par eux-mêmes en quelques minutes à quel point il est dangereux d’y travailler.

Alors qu’un sac de 40 kg est revendu jusqu’à 3500€ sur le marché international, les “salariés” de la mine sont payés 5,50€ par jour pour 12 heures de travail quotidiens, dans des conditions plus qu’indécentes. La mine ne reverse rien au village situé juste à côté qui vit sans eau potable, sans électricité et sans réseau.

Pourquoi l’argent issu de la vente de nos téléphones, ordinateurs et autres gadgets ne comprend-elle pas un pourcentage équitable qui serait reversé à ces populations, travaillant ou vivant près des mines ?

Des enjeux politico-socio-économiques et environnementaux importants

La Chine produit 95% des terres rares mondiales. Sachant qu’il faut 15 à 20 ans entre le moment où l’on trouve une mine et celui où on commence à l’exploiter, leur extraction est très longue et coûteuse. On le savait, la Chine est peu regardante des normes environnementales. D’après un journaliste de Reuters, des lacs de rejets toxiques se sont formés aux abords de ces mines, comme autour de Baotou. Il y décrit des “villages du cancer où les gens meurent à petit feu, à cause de l’importante concentration du sol en métaux lourds”.

Au Rwanda et en République démocratique du Congo, on extrait plus de 60% du cobalt et du tantale et au Brésil, 90% du niobium. Cette concentration des ressources naturelles rares et précieuses entre les mains d’une poignée de pays peut représenter un risque de monopole des prix, notamment si le pays devient instable politiquement ou si la libre commercialisation y est entravée. Mais surtout, un risque d’effet papillon : l’instabilité politique étant souvent suivie d’instabilité sociale.

La nécessité de réparer, de recycler, de réutiliser et de soutenir des concepts comme le fair phone ou des associations comme Halte à l’obsolescence programmée est plus qu’urgente. Surtout en cette journée mondiale du bénévolat. Il va falloir ralentir, consommer plus raisonnablement, vivre et voyager de façon plus responsable… 7 milliards d’humains et autant d’efforts à faire.