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La pollution de l’air atteint le placenta pendant la grossesse

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Une récente étude menée en Belgique suggère que la pollution au carbone noir, rejeté par les pots d’échappement, parvient à atteindre le placenta de la mère pendant la grossesse. Les fœtus pourraient donc être exposés.

En octobre dernier, un rapport de l’OMS nous apprenait que près de 93 % des enfants de moins de 15 ans dans le monde (deux milliards sont concernés) respirent un air pollué. Nous savons cette pollution de l’air dangereuse pour la santé. Il y a quelques mois, une équipe de chercheurs estimait à environ 8,8 millions le nombre de décès dans le monde en 2015 imputables aux particules fines. C’est plus que le tabac (si l’on prend la même méthode de calcul). Cette pollution touche également les enfants à naître, entraînant des naissances prématurées et des insuffisances pondérales à la naissance. Ce lien est établi, mais les véritables causes de ces affections ne sont pas encore très bien cernées.

Une théorie suggère que les particules fines se logent dans les poumons de la mère, entraînant le développement d’une inflammation potentiellement dangereuse pour le bébé. Des chercheurs proposent aujourd’hui une autre hypothèse, plus directe. De récentes expériences ont en effet montré que les particules de carbone noir – rejetées par les pots d’échappement des voitures ou les cheminées industrielles – peuvent intégrer le placenta, côté fœtus. Traversant ainsi les barrières naturelles du corps. Les détails de l’étude sont publiés dans la revue Nature Communications.

20 000 nanoparticules par millimètre cube

Pour ces travaux, les chercheurs ont analysé les placentas de mères non-fumeuses dans la ville de Hasselt, en Belgique. Dans les rues, les niveaux de pollution issue des particules fines sont inférieurs à la limite fixée par l’UE, mais supérieurs à celle de l’OMS. Sur cet échantillon, 10 femmes vivaient dans des zones très polluées, et les 10 autres dans des zones moins polluées (hors du centre-ville). Grâce à des impulsions ultra-courtes émises par un laser, les chercheurs ont réussi à faire “scintiller” les particules de carbone noires présentes dans chaque placenta.

Les chercheurs ont alors mesuré en moyenne 20 000 nanoparticules de carbone noir par millimètre cube dans les placentas des mères vivant dans les zones polluées. Contre 10 000 par millimètre cube pour les autres. Plus les participantes vivaient près des routes encombrées, et plus il y avait de nanoparticules dans les tissus. La grande majorité se plaçait côté fœtus, près du point où le cordon ombilical se dégage.

foetus échographie bébé
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Réduire notre exposition

Pour le docteur Yoel Sadovsky, du Centre médical de l’Université de Pittsburgh, cette étude ne prouve pas en soi que ces particules fines sont responsables d’un quelconque effet nocif. « Mais il est tout de même important de les trouver dans le placenta, dit-il. La prochaine étape sera de savoir si ce carbone noir peut effectivement entraîner des dommages ». Des analyses de sang fœtal sont actuellement en cours pour déterminer si ces particules peuvent endommager l’ADN.

Au regard de ces résultats, les chercheurs conseillent tout de même, pour les concernées, de s’éloigner des zones les plus polluées autant que faire se peut. « Il est très difficile de donner des conseils pratiques aux gens, car tout le monde doit respirer, admet Tim Nawrot co-auteur de l’étude. Mais la période fœtale est la plus vulnérable de la vie. Tous les systèmes d’organes sont en développement. Pour protéger les générations futures, nous devons réduire notre exposition ».

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