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La pêche aux requins à La Réunion : une pratique préventive controversée

Crédits : amanderson2 / Wikipedia

À La Réunion, des pêcheurs capturent des requins, notamment pour prévenir les attaques sur les êtres humains. Il s’agit d’une pratique légale qui devrait être mieux encadrée pour certains, car il s’agit d’un désastre écologique. Pour d’autres, cela devrait s’intensifier.

Une interdiction bafouée quotidiennement

Depuis la fin du mois de juin, le risque d’attaque de requin est au niveau “fort à maximal”. Avec les températures plus fraîches de l’hiver austral, les squales sont plus susceptibles de fréquenter le littoral réunionnais. Le Centre sécurité requin (CSR) pilotant la stratégie de réduction de ce risque a déjà lancé plusieurs appels à la prudence.

Depuis 2013, la baignade et les activités nautiques sont interdites, sauf dans les zones aménagées. Néanmoins, en dépit de cette interdiction, entre vingt et trente surfeurs profitent des vagues chaque jour. Ceux-ci essayent néanmoins de se prémunir des attaques en utilisant un boîtier collé à leur planche. Ce dernier émet des impulsions électriques dont le but est d’éloigner les requins.

Une pêche légale, mais controversée

Capturer des requins pour prévenir les attaques est un sujet clivant dans ce département français de l’océan Indien. Selon certains, la pêche préventive devrait être plus fréquente et se faire plus intense dans la réserve naturelle marine de l’ouest de l’île. D’autres estiment en revanche qu’il s’agit d’un danger pour la biodiversité et donc, d’un scandale écologique. L’argument premier contre cette pratique, c’est un déséquilibre des écosystèmes, car les pêcheurs de requins prennent aussi d’autres espèces.

Citons par exemple la pêche au requin-bouledogue, une pratique légale tant que celle-ci reste en dehors d’un but commercial. Tout comme le CSR, l’association Océan Prévention Réunion (OPR) encourage la pêche. Celle-ci offre des bons d’achat à utiliser dans les magasins de pêche pour chaque prise prouvée à l’aide de photos. Évidemment, il s’agit d’une manière controversée d’encourager cette pêche.

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Crédits : Albert Kok~enwiki / Wikipedia

Par ailleurs, la consommation de requin est tolérée, mais la méfiance reste de mise. En effet, les suspicions sont légion, qu’il s’agisse de vente sous le manteau, de pêche dans des zones interdites ou encore de captures d’espèces protégées. Malheureusement, la pratique reste très opaque et devrait être mieux contrôlée et régulée d’après ses opposants.

Des attaques graves pas si nombreuses

L’argument concernant les attaques de requin sur l’humain représente donc une aubaine pour les pécheurs. Toutefois, il faut aussi dire que les nouvelles effrayent parfois le public. En mars 2020, un requin-tigre de 3,5 m de long a été pêché par le CSR à St Leu. En décembre 2019, un autre requin-tigre de même taille a été pêché et autopsié. Les entrailles de l’animal renfermaient deux bras humains ainsi qu’une gourmette. Selon l’enquête, ces restes étaient vraisemblablement ceux d’un touriste écossais disparu deux jours plus tôt.

Enfin, depuis 2011, 24 attaques de requins se sont produites à La Réunion. Or, 11 se sont révélées mortelles. Ceci peut paraître peu, mais les autorités désirent tout de même poursuivre leur politique de pêche préventive et tolérer les agissements des pêcheurs.