La NASA s’apprête à déplacer l’équivalent de 80 baleines bleues sur 7 kilomètres – et ça va prendre toute une journée

Dans quelques jours, l’un des spectacles industriels les plus impressionnants de notre époque se déroulera au Centre spatial Kennedy. La NASA va déplacer sa fusée géante SLS sur près de 7 kilomètres, du bâtiment d’assemblage jusqu’à la rampe de lancement. Cette opération titanesque n’est que la première étape d’Artemis II, la mission qui ramènera l’humanité vers la Lune après plus d’un demi-siècle d’absence.

Un convoi hors normes pour une mission historique

Le 17 janvier marquera le début d’une aventure qui captive le monde entier depuis des années. Ce jour-là, l’imposant lanceur Space Launch System quittera le bâtiment d’assemblage des véhicules pour entamer un voyage de 6,8 kilomètres vers le pas de tir 39-B. Un trajet qui nécessitera douze heures complètes, soit une vitesse moyenne d’à peine 0,5 kilomètre par heure.

Pour accomplir cet exploit logistique, la NASA fait appel à ses transporteurs à chenilles, des mastodontes mécaniques qui détiennent le record mondial du véhicule le plus lourd jamais construit. Avec leurs 2,7 millions de kilogrammes, ces machines peuvent transporter jusqu’à 8,2 millions de kilogrammes, une capacité qui dépasse l’imagination. Pour donner une échelle de grandeur : c’est l’équivalent de quatre cinquièmes de la tour Eiffel, de vingt Boeing 777 remplis à pleine capacité, ou encore de quatre-vingts baleines bleues adultes.

Une fusée aux dimensions colossales

Le SLS qui sera transporté culmine à 98,1 mètres de hauteur, ce qui en fait l’une des plus grandes fusées jamais construites par l’humanité. Seul le Starship de SpaceX la surpasse en taille. Cette merveille d’ingénierie est équipée des plus grands propulseurs à propergol solide jamais conçus pour le vol spatial, une technologie directement héritée de l’époque glorieuse des navettes spatiales.

Malgré sa masse impressionnante, le SLS ne représente qu’environ un tiers de la capacité maximale des transporteurs à chenilles. Une marge de sécurité confortable qui témoigne de la prudence extrême avec laquelle la NASA aborde chaque aspect de cette mission.

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Crédit : NASA/Joel Kowsky
L’immense fusée Space Launch System (SLS) de la NASA, vue à l’intérieur du bâtiment d’assemblage des véhicules avant son déploiement le 17 janvier.

Quatre pionniers vers l’espace lointain

À bord de cette fusée géante prendront place quatre astronautes qui écriront l’histoire : Reid Wiseman, Victor Glover, Christina Koch et le Canadien Jeremy Hansen. Leur mission ne prévoit pas d’alunissage, mais un survol lunaire spectaculaire qui les emmènera à 9 260 kilomètres au-delà de notre satellite naturel, une distance jamais atteinte par des humains depuis 1972.

Cette mission établira plusieurs records significatifs, notamment celui de la plus grande distance jamais parcourue par une femme et une personne de couleur au-delà de l’orbite terrestre. Un symbole fort de l’évolution du programme spatial américain.

Crédit : NASA/Chad Siwik
Voici le transporteur à chenilles 2 (Crawler Transporter-2), aux portes du bâtiment d’assemblage des véhicules (VAB). Il pénétrera bientôt à l’intérieur du VAB où il transportera la fusée lunaire Artemis 2 jusqu’au pas de tir 39B.

Une chorégraphie minutieusement orchestrée

Une fois la fusée installée sur son pas de tir, les équipes techniques entreprendront une série de tests exhaustifs pour vérifier chaque système. Le point culminant de ces vérifications sera une répétition générale complète, incluant le chargement des ergols cryogéniques dans les réservoirs de la fusée.

Les ingénieurs effectueront plusieurs simulations du compte à rebours final, testant leur capacité à maintenir, interrompre et reprendre la séquence des dix dernières minutes avant le lancement, jusqu’à la barre critique des trente secondes. Si le moindre problème survient, le SLS et le vaisseau Orion retourneront au bâtiment d’assemblage.

Les fenêtres de lancement s’étendent de février à avril, avec plusieurs dates possibles chaque mois. La NASA déterminera la date définitive en fonction des résultats de la répétition générale, des conditions météorologiques et d’autres paramètres opérationnels. Comme l’a souligné Lori Glaze, administratrice associée par intérim, la sécurité de l’équipage demeure la priorité absolue à chaque étape de cette aventure extraordinaire qui nous ramène vers la Lune.

Brice Louvet

Rédigé par Brice Louvet

Brice est un journaliste passionné de sciences. Ses domaines favoris : l'espace et la paléontologie. Il collabore avec Sciencepost depuis près d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.