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La libération de méthane par les zones humides pourrait augmenter de 50 % à 80 % d’ici 2100

Crédits : Wikimedia Commons.

Si aucune action de long terme n’est prise pour limiter le réchauffement climatique, les émissions de méthane issues des zones humides menacent de s’intensifier notablement d’ici la fin du siècle. Un processus qui accentuerait encore un peu plus la hausse des températures. C’est en tout cas ce qu’appuie une étude publiée le 10 avril dernier dans la revue Science Advances.

De par les rejets de gaz à effet de serre (GES) qu’elle occasionne, l’activité humaine induit un réchauffement global du climat. Les trois gaz les plus notables sont le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4) et le protoxyde d’azote (N2O). Par commodité, on résume souvent le chauffage additionnel du système climatique par le seul effet dû à l’excès de CO2.

Toutefois, les autres gaz sont étudiés avec tout autant d’intérêt et de rigueur par les chercheurs. En particulier, le méthane qui possède un pouvoir chauffant environ 30 fois supérieur à celui du CO2 à l’horizon du siècle. Ainsi, malgré une concentration bien plus faible par rapport au dioxyde de carbone, le CH4 se place en seconde position en termes de contribution au changement climatique récent. Plus précisément, 20 % du chauffage additionnel lui est attribué.

méthane zone humide
Exemple d’une zone humide – écosystème en partie inondé par les eaux et où des conditions anoxiques prévalent. Ici dans l’Indiana aux États-Unis. Crédits : Wikimedia Commons.

En dehors de celles liées aux activités humaines, des émissions de méthane se produisent également de manière tout à fait naturelle – notamment dans les zones humides. Jusqu’à présent, elles sont approximativement compensées par la destruction de CH4 résultant des réactions avec le radical hydroxyle (OH).

Méthane, la rétroaction climatique des zones humides

La libération de CH4 en zone humide résulte de la méthanogenèse microbienne. Autrement dit, du processus de respiration anaérobie prenant place dans les sols saturés en eau et pauvres en dioxygène.

Point important, son intensité est modulée par trois variables essentielles. La température ambiante, la profondeur de la couche saturée et la qualité ou quantité de matière organique disponible. Or, ces paramètres sont et seront altérés par le réchauffement du climat. De telle sorte que dans un monde plus chaud, le processus de méthanogenèse gagne en efficacité. Les scientifiques se penchent donc attentivement sur le sujet.

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Évolution simulée des émissions de méthane selon un scénario optimiste (RCP2.6) et pessimiste (RCP 8.5). Notez l’écart entre les deux ensembles susmentionnés. Crédits : Ernest N. Koffi & al. 2020.

Dans une étude parue le 10 avril dernier, des chercheurs ont évalué la façon dont le rejet de méthane devrait évoluer. Ceci, selon deux scénarios socio-économiques clés. Pour ce faire, ils ont divisé le globe en cinq grands ensembles climatiques. Chacun étant marqué par un type de zone humide donné – boréale, tropicale, marécageuse, etc. En recoupant les données avec les projections issues de modèles climatiques, ils ont pu estimer l’impact effectif sur les flux de CH4.

Les résultats indiquent qu’en cas d’inaction politique, les émissions augmenteront de 50 % à 80 % en moyenne globale d’ici à la fin du siècle. Une évolution qui amplifierait encore un peu plus le réchauffement attendu d’ici là. Il s’agit d’une rétroaction climatique positive, au sens où elle renforce la perturbation initiale. Le cas échéant, elle est estimée à 0,2 W/m².

« Au contraire, dans le scénario plus ambitieux d’atténuation, la variation des émissions mondiales des zones humides devrait rester dans des limites qui minimisent le risque de rétroactions positives importantes sur le système climatique » ajoute l’étude dans sa conclusion.

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