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La fonte de la banquise aux pôles induit aussi de profonds changements dans les tropiques !

Crédits : NASA.

De nouveaux travaux montrent comment la fonte de la banquise peut induire des changements climatiques majeurs dans la ceinture tropicale. En particulier, les chercheurs se sont intéressés à l’effet combiné du recul des glaces arctiques et antarctiques. Des résultats novateurs publiés le 16 mars dernier dans la revue Nature geoscience

Le retrait de la banquise arctique et antarctique dû au réchauffement de l’air et de l’eau a un effet amplificateur bien connu au niveau des régions polaires. En effet, en diminuant en surface et en épaisseur, la glace réfléchit une quantité moindre de rayonnement solaire vers l’espace. De fait, une plus grande fraction est absorbée près de la surface, ce qui amplifie le réchauffement initial et accélère le dégel. Cet effet est tout particulièrement visible au niveau du pôle nord. On parle de rétroaction positive pour désigner ce type de cercle vicieux.

Retrait de la banquise : des effets sensibles aux tropiques

Toutefois, la diminution des glaces de mer n’a pas que des implications fortes pour les régions polaires. De précédents travaux ont par exemple montré que le processus de fonte au pôle nord induisait un réchauffement additionnel dans les tropiques. L’existence ainsi que la structure de cette réponse ont pu être isolées par le biais de modélisations numériques couplées océan-atmosphère. En surface, le réchauffement induit se manifeste notamment entre le centre et l’est du Pacifique équatorial. En altitude, il se dessine de manière plus homogène le long de la ceinture tropicale.

banquise réchauffement
Réchauffement piloté par le retrait de la banquise arctique (c), antarctique (d) et au retrait combiné des deux (e). Les valeurs sont données en fonction de l’altitude et de la latitude, en moyenne zonale pour la fin du siècle. Crédits : Mark R. England & al. 2020.

Dans une nouvelle étude parue dans la revue Nature, des chercheurs ont étudié l’impact associé au retrait combiné des deux banquises. Il s’agit d’une première. Les résultats obtenus montrent que la réponse au recul de la glace de mer australe est analogue à celle de la glace de mer boréale. En d’autres termes, les deux pôles interagissent de manière constructive. Aussi, la structure de type El-nino décrite plus haut s’en trouve renforcée.

Diminution de l’upwelling équatorial et renforcement de la ZCIT

Comment le recul de la cryosphère polaire peut-il influencer le monde tropical ? Si l’on en croit les modélisations, l’évolution aux pôles appelle un régime de vents tropicaux qui vient affaiblir la remontée d’eau (upwelling) dans le pacifique équatorial. Comme l’eau des profondeurs est relativement froide, un upwelling diminué implique un réchauffement en surface. Ce dernier s’associe à une intensification de la zone de convergence intertropicale (ZCIT). Autrement dit, à une modulation concomitante des régimes de pluies au niveau du bassin. L’activité orageuse alors renforcée libère plus de chaleur dans la haute atmosphère ce qui induit le réchauffement d’altitude.

« Notre étude ouvre une voie jusque-là inexplorée et motivera la communauté scientifique à étudier les effets importants que la perte de glace de mer antarctique aura sur le système climatique » souligne Mark R. England, auteur principal du papier. Finalement, 20 à 30 % des changements en température et précipitations attendus aux tropiques d’ici 2100 seraient pilotés à distance par le monde polaire ! Des résultats novateurs qui montrent encore une fois la solidarité qui existe entre les différentes composantes du système climatique.

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