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La fonte de la banquise arctique à l’origine d’une augmentation des vagues de froid ?

Anomalie de température à 2 mètres le 20 décembre 2016. Crédits : Climate reanalyser.

Selon de nouveaux résultats publiés le 12 août dernier, le recul de la banquise arctique n’a joué aucun rôle dans la survenue des récentes vagues de froid en Eurasie et en Amérique. Dans leur étude, les chercheurs ont utilisé une approche physique novatrice axée sur les flux de chaleur turbulents. Au final, si un excès de froid sur les super-continents coïncide avec un déficit anormal de banquise, cela ne saurait traduire une relation de cause à effet.

Au cours de la dernière décennie, une recrudescence de vagues de froid en Amérique du nord et en Eurasie a été observée. Durant ces épisodes, on retrouve une anomalie anticyclonique vers le grand nord et une anomalie dépressionnaire plus au sud. Cette répartition des pressions déplace l’air polaire vers des latitudes plus basses qu’à l’accoutumée. Dans le même temps, l’arctique surchauffe et présente un déficit de banquise très prononcé. On parle de warm arctic, cold continents pattern (WACC).

Une hypothèse controversée

Les données observationnelles suggèrent que l’apparition de ce régime de circulation est fortement corrélée aux anomalies de banquise dans les secteurs de Barents, Kara ou encore Béring. Rapidement, un lien de cause à effet a été pensé : les anomalies de glace de mer seraient capables de forcer une configuration atmosphérique de type WACC.

L’hypothèse selon laquelle une surface englacée peu étendue favorise les coulées froides aux latitudes plus basse est vite devenue populaire. Néanmoins, bien que le concept ait trouvé un fort écho dans la presse, la communauté scientifique n’a jamais présenté une position consensuelle sur la question. De nombreux papiers soulignant le manque de robustesse des résultats.

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Anomalie de température à 2 mètres le 20 décembre 2016. Notez la configuration WACC très marquée du côté Eurasien. Crédits : Climate reanalyser.

Quand la circulation atmosphérique mène la danse

Une étude publiée le 12 août dernier dans la revue Nature climate change porte un coup dur supplémentaire à l’hypothèse. D’après les auteurs, le schéma WACC souvent rencontré ces derniers hivers ne serait pas forcé par l’état de la banquise. Au contraire, la configuration atmosphérique précède le retrait anormal de cette dernière et le refroidissement aux latitudes plus basses. Ce qui indique que la récurrence du schéma discuté trouve son origine ailleurs. Par exemple, dans des anomalies de température de surface de la mer aux tropiques.

Le point fort de l’étude est qu’elle se base sur une approche physique novatrice – axée sur les flux de chaleur turbulents. Plus précisément, si le déficit de banquise force la circulation hémisphérique, alors on doit observer un flux de chaleur orienté depuis la surface vers l’atmosphère. Au contraire, si l’atmosphère force la glace de mer, le flux de chaleur doit être orienté dans le sens opposé. Les résultats montrent que l’on ne trouve un refroidissement aux moyennes latitudes que lorsque le flux de chaleur est orienté de l’atmosphère vers la surface.

Crédits : iStock

L’importance de l’interprétation des observations

Ainsi, il s’avère que la circulation atmosphérique mène la danse. Ce travail rappelle qu’il faut être très prudent quant à l’interprétation causale que l’on peut faire des observations. Le fait qu’un excès de froid aux moyennes latitudes coïncide avec un déficit prononcé de banquise ne saurait traduire une relation de cause à effet.

En conclusion, l’étude confirme que l’hypothèse d’un arctique pilote – avancée par de précédents travaux – ne possède pas de fondements robustes. Elle réconcilie par la même occasion les observations avec les modèles climatiques. En effet, ces derniers ne montrent quasiment pas de refroidissement continental lorsqu’un déficit de banquise est imposé.

« Il existe de nombreuses raisons de s’inquiéter de la perte dramatique de la banquise arctique. Mais le risque accru d’hivers rigoureux en Amérique du Nord et en Asie n’en fait pas partie » indique James Screen, co-auteur du papier.

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