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La découverte d’une fuite de méthane à proximité de l’Antarctique intrigue les scientifiques

Crédits : capture vidéo / Oregon State University.

Pour la première fois, des chercheurs ont rapporté l’existence d’une fuite de méthane active à proximité des côtes antarctiques. Et les observations effectuées sont pour le moins intrigantes. Les résultats ont été publiés dans la revue Proceedings of the Royal Society le 22 juillet dernier.

C’est au cours d’une expédition scientifique en mer de Ross que les scientifiques de l’Oregon State University (États-Unis) ont fait la découverte. Située au niveau du détroit de McMurdo, la fuite de méthane émane d’une cavité située sur le fond marin froid et hostile qui borde le continent austral. Ses dimensions sont de l’ordre de 70 mètres de long pour 1 mètre de large. Il s’agit de la première fuite officiellement rapportée dans cette région du monde.

Elle serait active depuis 2011 au moins. Date à laquelle des pêcheurs ont fait son signalement de manière quelque peu fortuite. Il aura fallu attendre 2016 pour qu’une base de données adaptée au suivi soit acquise par mesures in situ. Puis encore quelques années avant que des résultats détaillés ne soient obtenus et publiés dans une revue scientifique.

D’importantes réserves de méthane sous les fonds marins

Les experts estiment que de vastes quantités de méthane (CH4) sont stockées sous le plancher océanique, près du pôle sud. Aussi, l’une des craintes est que le réchauffement du climat entraîne une libération croissante de celles-ci vers l’atmosphère. Un scénario potentiellement catastrophique puisque le CH4 est un puissant gaz à effet de serre, lequel renforcerait ainsi le réchauffement et la libération de méthane. Autrement dit, un cercle vicieux.

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Diverses photographies du site où se trouve la fuite de méthane, entre 2012 et 2016. Les taches blanches sont des tapis bactériens oxydoréducteurs. Crédits : Andrew R. Thurber & al. 2020.

Fort heureusement, cette éventualité n’est pas à l’ordre du jour. En effet, les chercheurs précisent que la mer de Ross ne s’est pour l’instant quasiment pas réchauffée. Par conséquent, il n’est a priori pas possible de lier cette découverte au changement climatique dû à l’Homme. « C’est sur le côté d’un volcan actif mais il ne semble pas que cela vienne de là non plus » note Andrew Thurber, auteur principal de l’étude. L’origine de cette fuite reste de ce fait encore bien mystérieuse. Toutefois, une observation riche d’enseignements a pu être faite.

Un délai inattendu entre libération de CH4 et oxydation biologique

L’idée admise jusqu’à présent était que si du méthane s’échappe du fond marin, une fraction notable serait oxydée par des bactéries avant d’atteindre l’atmosphère. Un phénomène tampon qui explique en partie pourquoi l’hypothèse d’un emballement par rejets massifs de méthane a été jugée très improbable. Or, ici les chercheurs ont constaté que les bactéries ont seulement commencé à arriver 5 ans après l’apparition des émanations.

« Ce délai est le résultat le plus important » souligne Andrew Thurber. Et pour cause, si le déplacement des organismes méthanotrophes n’est pas assez rapide pour jouer le rôle tampon évoqué plus haut, alors toute libération de méthane pourrait rejoindre l’atmosphère plus facilement que ce que l’on pensait.

Les scientifiques enquêtent à proximité des côtes antarctiques. Crédits : capture vidéo / Oregon State University.

Étant donné la faible profondeur du lieu – environ 10 mètres – et l’oxydation microbienne limitée, le méthane libéré a eu toutes les chances d’atteindre l’atmosphère. « Nous sommes probablement dans une phase transitoire où il faudra peut-être cinq à dix ans avant qu’une communauté [bactérienne] ne s’adapte pleinement et commence à consommer du méthane » explique l’auteur principal. Pour l’heure, les communautés reportées ne sont pas en phase avec ce que la théorie laisse attendre. Ainsi, il conviendra de suivre avec attention l’évolution de la fuite et des micro-organismes environnants.

« La découverte amène également à se demander si ces caractéristiques sont plus courantes que ce que nous pourrions penser en Antarctique, mais sont rarement découvertes » avance quant à elle Jemma Wadham, biogéochimiste n’ayant pas participé à l’étude. « L’Antarctique et sa calotte glaciaire sont d’énormes zones d’ombre dans notre compréhension du cycle du méthane terrestre – ce sont des lieux de travail difficiles ». Affaire à suivre !

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