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La captivité et l’élevage de cétacés bientôt interdits au Canada

Crédits : Pixabay

Le Canada se démarque aujourd’hui avec l’adoption du projet de loi S-203, qui interdira prochainement sur le sol canadien l’importation, l’exportation et les captures des cétacés. Un véritable pas en avant pour le respect de la condition animale.

Décision historique

Déposé en 2015, le projet de loi nécessite encore l’approbation royale. Mais, après trois années de longs débats, considérez que c’est d’ores et déjà fait. « Le Canada passe désormais du bon côté de l’histoire », se réjouit Ric O’Barry, fondateur et directeur du Dolphin Project, relayé par Réseau cétacés. « C’est une loi très importante dans le sens où elle interdit la reproduction et assure donc que les baleines et les dauphins actuellement gardés dans de minuscules réservoirs au Canada soient la dernière génération à en souffrir », réagit de son côté Melissa Matlow, directrice de campagne de l’ONG World Animal Protection Canada.

Notons que seuls deux parcs – Marineland, à Niagara Falls, et l’aquarium de Vancouver – possèdent encore des cétacés en captivité sur le sol canadien. Cette loi n’est également pas rétroactive. Autrement dit, les cétacés maintenus aujourd’hui en captivité pour amuser le public ne seront pas relâchés dans la nature. On rappelle également qu’en France, le ministère de l’Environnement avait publié un arrêté le 6 mai 2017 interdisant la reproduction de cétacés au sein de parcs aquatiques, mais celui-ci a été annulé quelques mois plus tard au profit des delphinariums. L’association Réseau Cétacés poursuit donc son combat pour l’adoption d’un nouvel arrêté fixant les mêmes conditions.

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Le Canada adopte une loi historique qui abolit la captivité des cétacés. Crédits : Pixabay

«Avez-vous déjà vu une orque en colère ?»

Les bonnes nouvelles s’enchaînent donc, même s’il reste encore du chemin à parcourir. L’opinion semble néanmoins prendre de plus en plus conscience que, malgré la façade “amusée” des orques et dauphins (et autres animaux marins) se cache une bien triste réalité : celle d’êtres beaucoup plus sociaux qu’on ne le pense, asservis par la nourriture, et conscients de leur sort.

«Ils se savent en captivité, sous le contrôle des humains, confiait il y a quelques années un ancien dresseur de Sea World, relayé par le blog-les-dauphins. Ils comprennent tout le système capitaliste auxquels ils sont sujets, à savoir certains comportements entraînent des récompenses. Un comportement ne sera récompensé que par un éperlan ou un hareng, un autre accordera plutôt un maquereau. S’ils ne reçoivent pas la bonne récompense, ils sont en colère. Parfois très en colère. Avez-vous déjà vu un dauphin grogner, les yeux ronds et remplis de rage ? Moi oui. Avez-vous déjà vu une orque en colère, se tapant la tête contre les murs de son bassin ou entraînant son dresseur au fond de l’eau ? Moi oui. Ils savent qu’ils n’ont pas le choix. Ce sont purement et simplement des esclaves».

Espérons qu’un jour prochain plus aucun animal ne devra exécuter des tours sur commande dans le but de combler sa faim. Cette mesure est un nouveau pas en avant, accueilli avec respect. La réponse, au final, revient au public. En cessant de fréquenter ces parcs, il deviendra alors impensable que ceux qui les proposent continuent de le faire.

L’interview de Sandra Guyomard, présidente de l’association Réseau Cétacés

Alors que le Canada vient d’adopter une loi interdisant la captivité des cétacés dans le pays, le gouvernement français s’apprête à recevoir un groupe de travail sur les delphinariums ce 12 juin. Ce rendez-vous va réunir trois représentants d’associations de protection des cétacés dont Réseau Cétacés,et trois représentants des delphinariums au sein du Ministère de l’Environnement.

Dans ce cadre, nous avons interviewé Sandra Guyomard, présidente de l’association Réseau Cétacés, pour en savoir plus sur l’enjeu de ce groupe de travail et sur l’association qu’elle préside.

Coline Mionnet, rédactrice pour SciencePost : CM
Sandra Guyomard, présidente de Réseau Cétacés : SG

CM : « Pourquoi ce groupe de travail sur les delphinariums et les cétacés est-il si important pour Réseau Cétacés ? »

SG : « Cette réunion est organisée par le gouvernement pour faire suite à l’annulation de l’arrêté dit “Delphinariums”, qui permettait de vider les bassins accueillant des cétacés en captivité en interdisant leur reproduction. On voudrait donc aboutir rapidement à un nouvel arrêté afin d’interdire la reproduction, l’importation et l’exportation des cétacés en France.

La France ne ferait que respecter le droit international et européen. En effet, elle a signé la Convention sur le Commerce International des Espèces Menacées (CITES ou Convention de Washington) en 1977. Or selon cette convention, il est formellement interdit de capturer, tuer ou vendre des espèces protégées : dauphins, orques, requins…

Cette loi a été transposée en droit européen avec la directive Zoo de 1999, pas respectée non plus puisqu’elle affirme notamment que pour maintenir captif un animal il faut lui offrir toutes les conditions nécessaires à ses besoins physiologiques. Mais on ne recréera jamais un océan avec un delphinarium, aussi grand soit-il. Certains animaux ont besoin de plus d’espace qu’on ne peut leur en donner, comme les dauphins, les orques (ou les requins). »

 

CM : « En quoi la loi sur l’interdiction de la captivité des cétacés au Canada est une bonne nouvelle ? »

SG : « C’est une excellente nouvelle qui tombe à pic juste avant la réunion avec le Ministère de l’Environnement. Le Canada c’est proche de chez nous, c’est un pays francophone, également proche des États-Unis, on s’influence et on a tendance à se suivre ! L’interdiction du plastique à usage unique au Canada et en France à partir de 2021 en est un bon exemple. On espère que le tourisme animalier avec des animaux captifs sera bientôt vu comme contraire à toute éthique. »

CM : « Avez-vous avez remarqué un intérêt croissant pour l’association Réseau Cétacés ces dernières années? »

SG : « Oui ! On voit qu’il y a une vraie prise de conscience, et grandissante, ces dernières années. Cela fait 18 ans que je suis présidente bénévole de l’association et on a remarqué un revirement de situation, avec la diffusion des films “The Cove” et “Black Fish” ainsi qu’une meilleure prise en compte du sujet de la captivité dans les médias.

Après l’effet Nemo, il y a eu l’effet The Cove. Avec les images chocs des dauphins massacrés dans la baie de Taiji, les gens ont peut-être compris que l’impact sur la faune marine est important lorsqu’on va voir un spectacle d’orques ou de dauphins captifs. »

CM : « Avez-vous remarqué une augmentation des demandes d’interventions en milieu scolaire ces dernières années ? »

SG : « Tout à fait, nous avons battu un record sur l’année scolaire 2018/2019 avec 16 demandes, alors qu’on en avait seulement 3 par an il y a 4 ou 5 ans !

Nous sommes très heureux que les enfants et les professeurs demandent spontanément des interventions dans leurs classes. Quelques établissements scolaires couplent les interventions en classe avec des sorties plongée ou observation en mer, comme le collège Don Bosco à Nice, qui propose même une “classe Océan”. »

CM : « Comment se déroule une intervention en classe avec Réseau Cétacés ? »

SG : « Elle dure 2 heures : une heure d’information et de débat, puis une heure de visualisation de films en 3D. Le discours est toujours moins militant auprès des élèves en primaire que dans les collèges et lycées. On ne montre pas d’images chocs aux enfants de primaire, mais on leur parle un peu de captivité et les professeurs ne s’y opposent pas. Beaucoup d’entre eux nous remercient d’avoir abordé le sujet, il y a un réel intérêt.

En seconde partie d’intervention, les enfants et adolescents peuvent visionner un film en réalité virtuelle : nager avec les dauphins aux Bahamas ou approcher la baleine bleue. À chaque fois, c’est un franc succès !

À la fin, nous donnons deux films en DVD à l’enseignant qu’il peut partager et travailler avec ses élèves (The Cove et Black Fish – à partir de 12 ans). Mais bien souvent, ils ont déjà vu l’un des deux en cours. »

CM : « Comment réagissent les enfants face au fait de savoir que les cétacés sont captifs dans les delphinariums ? »

SG : « Ils sont très compatissants et très touchants. Quel que soit leur âge, de la maternelle au lycée, certaines expressions reviennent souvent comme “‘ils sont arrachés à leur famille”, “emprisonnés dans du béton”. Les plus jeunes ont du mal à retenir le mot delphinarium alors ils utilisent spontanément l’expression “piscine à dauphins”. Cette année, on nous a demandé d’intervenir en maternelle, une nouveauté pour l’association. »

CM : « Quels sont les objectifs de l’association pour les prochaines années ? »

SG : « Nous aimerions nouer des partenariats avec d’autres associations comme SOS Grand Bleu, qui emmène le public observer les espèces marines libres en mer. Nous voulons aussi travailler avec les clubs de sports aquatiques non motorisés comme les Fédérations françaises de plongée, de voile ou de surf.

Nous avons aussi besoin d’élargir notre réseau d’intervenants scolaires ou en entreprise, mais aussi de proposer des ateliers zéro déchet dans toute la France. »

CM : « Le mot de la fin ? »

SG : « On me demande souvent comment arrêter le massacre des dauphins dans la baie de Taiji ou ailleurs. Il suffit de ne pas fréquenter les delphinariums ou les parcs marins emprisonnant des cétacés et de ne pas vouloir nager avec un dauphin dans un bassin. Ainsi, il n’y aura plus de demande et donc plus de chasse. Les solutions sont hyper simples, il faut juste qu’on s’y mette tous. Diffusons le message, on va y arriver ! »

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